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Un récit court et documenté pour éclairer une mutation technologique, scientifique, industrielle, commerciale, sociale ou artistique venant de Chine.

C’est fou le hanfu

Le monde est fou, le monde est hanfu.

De Suzhou à Jinan, la mode hanfu s’affole et ses fans annoncent déjà la nouvelle ère radieuse de la Chine chic.

Elle est partout dans les pavillons et les jardins impériaux, dans les rues et au travail, dans les quartiers de la jeunesse dorée comme sur les réseaux sociaux. On s’habille hanfu, on s’exhibe hanfu, on collectionne hanfu, on se maquille hanfu, on bilibilise hanfu, on socialise hanfu, on cosplay hanfu, on mondanise hanfu.

Tous les Européens qui ont adoré le col Mao devront bientôt, s’ils veulent se refaire une virginité fashion, passer au costume hanfu.

Etant à la Chine ce que le kimono est au Japon ou la djellaba aux pays arabes - pour la France l'analogie est plus délicate à trouver - le vêtement traditionnel est la nouvelle boussole du chic moderne à la chinoise, comme on parle du socialisme aux caractéristiques chinoises ou de la civilisation écologique à la chinoise. Nouvel oriflamme de la culture nationale, sa réhabilitation signe la volonté politique de renouer avec le passé de la grande histoire chinoise.

La dynastie Han en fit le vêtement éponyme de son règne mais il lui est bien antérieur et, d’une dynastie à l’autre, il fut porté avec tunique ou sans, la jupe pouvant descendre à la cheville ou monter jusqu’au-dessus de la poitrine. Pendant des siècles on le dessina sous toutes les coutures, en adaptant ses modèles et ses broderies aux classes sociales et aux dignités de ses propriétaires, du ministre du palais au gouverneur de province et du mandarin au travailleur agricole.

Les Qing, dernière dynastie mandchoue, l’interdirent obligeant les femmes à porter la qipao et avec la Révolution de 1912 commença l’obsolescence de ce symbole de la Chine traditionnelle et immémoriale qui devint peu à peu l’apanage des cérémonies religieuses taoïstes ou bouddhistes.


Véritable oignon de la mode, le hanfu est fait de plusieurs couches de vêtements qui enveloppent le corps en lui laissant son amplitude naturelle. Déshabillez-moi oui mais pas tout de suite, pas trop vite chantait Juliette Greco en 1967. On reconnaît le vrai hanfu, le racé, le stylé, à son col croisé avec son rabat côté droit, ses manches flottantes ou évasées, sa jupe étroite sexy brodée de jade de préférence, sa charmante petite grenouillère portée sous le ventre jusqu'aux genoux. On peut aussi en rajouter à volonté, cape, châle, sur-cape, épingles à cheveux serpent, pompons mignons, peignes nacrés pour se faire belle comme dans un roman de Wang Anyi avant d’aller faire l’amour dans une vallée enchantée ou de fredonner à son amant le chant des regrets éternels.

Vert émeraude, rouge rubis, bleu nuit ou turquoise, blanc neige ou pastel, motifs grues, pivoines ou orchidées, le hanfu femme vous coûtera entre 70 et 150 euros sur n'importe quel bon site de vente en ligne, moins cher même sur Amazon et encore moins cher sur Shein ou AliExpress.

Le hanfu est mode, culture, patrimoine, marché, politique, tout cela à la fois : c’est avec les bons vieux produits qu’on fait les meilleures soupes, en Chine comme ailleurs. Dans la seule province du Shandong plus de 2000 entreprises font travailler environ 100 000 personnes dans la production de vêtements hanfu. Le marché domestique est estimé à environ 2 milliards de dollars, soit presque l'équivalent du marché de la lingerie en France, et devrait doubler d’ici 2025. Cette année Suzhou, surnommée la Venise de l’Orient par Marco Polo, ville aujourd’hui jumelée avec Venise, a hanfouisé le Carnaval de la Cité des Doges en organisant le premier défilé hanfu de la place Saint-Marc avec des pièces uniques fraîchement sorties du Musée de la soie de Suzhou.

On a trop hâte de voir Kendall, Miranda et Emily en hanfu à la prochaine Fashion Week de Paris.

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