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Le propos d’un décideur politique ou d’un observateur privilégié pour mettre en perspective et mieux comprendre la mondialisation et les mutations de la Chine.

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« Dans les 5 prochaines années la croissance de la Chine devrait se situer autour de 4,5 % alors qu’elle était autour de 7 % avant la pandémie. Si nous protégeons mieux l'esprit d’entreprise et notre capacité d’innovation nous parviendrons à maintenir les dividendes du développement économique et à éviter l'exode des chaînes industrielles. Mais si l'esprit d’entreprise est réprimé et si la délocalisation des chaînes industrielles s’accélère, l'impact sera négatif sur notre croissance et le rattrapage de notre retard avec l'économie américaine fléchira. Si les USA maintiennent un taux de croissance à long terme d’environ 2,5 % et si nous régressons à 4 %, notre pays deviendra beaucoup moins attractif pour les multinationales et les chaînes industrielles, ce qui affectera aussi durablement la position des pays de l’Asie du Sud-Est et de l’Europe dans la géopolitique mondiale » 

Xing Ziqiang, directeur général de Morgan Stanley Chine.

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« Contrairement aux technologies des puces, la Chine n’est pas en retard sur le monde dans les technologies à faible émission de carbone et les technologies d’énergie propre. Nous avons l'éventail industriel le plus complet du monde et tous nos secteurs industriels ont besoin des technologies de décarbonation, ce qui représente un immense champ d’application. C’est parce que les technologies à faible émission de carbone ont des applications infinies avec un faible coût que le gouvernement devrait investir davantage dans les infrastructures économiques à faible émission de carbone pour créer un nouvel écosystème industriel propre unique au monde. Les puces sont très importantes pour le développement économique de notre pays mais le développement à faible émission de carbone est plus réaliste. Il nous servira de protection macro-économique contre le ralentissement économique et ouvrira une nouvelle voie à la croissance »

Cao Yuazheng, président de Bank of China International Research et vice-président de la Macroeconomic Society of China.

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« Centrales photovoltaïques dans le désert de Gobi et éoliennes offshore en masse sur les côtes : la production chinoise d'énergie non fossile qui représente aujourd’hui 10 % doit passer à 25 % en 2030 et 80 % en 2060. L’UE et les USA ont aussi annoncé un grand plan de développement pour l'industrie photovoltaïque. La production de l'industrie photovoltaïque chinoise est en grande partie exportée vers l’Europe et l’Amérique et sachant que cette dernière a prévu d’exempter de droits de douane pendant deux ans les panneaux photovoltaïques provenant de quatre pays d’Asie du Sud Est, cela représente une immense opportunité de développement pour l'énergie non fossile » 

Yang Delong, directeur général et économiste en chef de Qian Hai Kai Yuan Fund Management.

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« Avec 142 entreprises dans le classement Fortune 500 la Chine dépasse pour la deuxième année consécutive les Etats-Unis qui culminent à 122 entreprises. Nombreux sont nos concitoyens à s’en réjouir mais soyons réalistes : nous n’avons que 24 leaders industriels là où les USA en ont 73. Par ailleurs nos leaders représentent majoritairement des secteurs traditionnels ou archaïques comme le charbon, le textile et la construction là où les leaders américains ont la suprématie dans les technologies de pointe, les sciences de la vie et les technologies de l’information »

He Zhiyi, professeur à l’Université de Pékin, chercheur à l’Institut mondial sur la recherche industrielle de Tsinghua.

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« La capitalisation boursière totale des sociétés chinoises ne représente que 18 % de celle des sociétés américaines cotées et la capitalisation moyenne de nos sociétés seulement 23 % de la moyenne américaine. Côté chinois l’industrie est encore le premier secteur pour la capitalisation, suivi par la finance. Côté US les technologies de l’information sont le premier secteur, suivi par les biens de consommation et l’industrie de la santé. L’immobilier est à l’avant-dernier poste de la capitalisation boursière aux USA et encore au 4 ème poste chez nous. On voit ainsi clairement lequel des deux pays est entré dans l’ère post-industrielle »

Yin Jianfeng, économiste en chef de Zheshang Bank, directeur adjoint du Laboratoire national de finance et de développement.  

 

 

 

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« L’ histoire n’est pas linéaire. Des révolutions comme l’IA et des apocalypses annoncées comme le réchauffement climatique nous le rappellent. De la peste noire aux deux guerres mondiales, des accidents majeurs ont fait bifurquer son cours. Il est très dangereux de s’habituer à penser l’avenir comme linéaire. La pandémie actuelle a au moins le mérite de nous réveiller pour nous obliger à  délinéariser l’avenir » 

Liu Cixin, auteur de science-fiction le plus populaire de Chine. A lire cet été : La Forêt sombre, La mort immortelle ou Le Problème à trois corps, tous traduits chez Actes Sud.

 

 

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« Donald Trump a beau retirer son pays de nombreuses institutions internationales, il ne faut pas être dupe : L’Amérique prépare un nouvel ordre mondial à son avantage en concluant de nombreux traités de libre-échange avec des pays comme le Canada, la Corée du Sud ou le Japon »

 

Feng Yuyun, vice-doyen de l’Institut d’études internationales de l’Université Fudan. 

 

 

 

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« La focalisation sino-américaine nous fait oublier la zone médiane qui regroupe tous les autres grands pays développés ou en développement du monde. Les peuples indépendants de ces pays ne choisiront jamais de dépendre ou de la Chine ou des USA. Un monde avec deux superpuissances isolées n’a aucun sens. L’avenir dépend donc des acteurs de la zone médiane qui briseront la solitude des superpuissances en négociant leurs intérêts au mieux » 

Shi Yinhong, directeur de l’American Studies Center à la School of International Relations, Renmin University of China. 

 

 

 

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« Si elle veut durablement contrer le retour des USA dans la zone Asie-Pacifique, la Chine, au lieu de jouer à faire du mal à l’Inde, devra construire avec elle une nouvelle relation stratégique forte et durable »

Yan Xuetong, doyen de l’Institut des relations internationales contemporaines de l’Université Tsinghua.

 

 

 

 

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« Dans l’histoire la modernisation de la Chine a été régulièrement interrompue : elle le fut à la fin de la dynastie Qing par la première guerre sino-japonaise de 1894 qui mit fin à son occidentalisation puis par l’invasion japonaise de 1937 qui ruina les efforts de modernisation du gouvernement nationaliste : aujourd’hui rien ne semble pouvoir l’arrêter »

Guan Qingyou, doyen et économiste en chef du Rushi Financial Research Institute.

 

 

 

 

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« Les pays asiatiques ne veulent pas être obligés de choisir entre la Chine et les USA. La Chine ne jouera jamais le rôle décisif assuré par la 7 ème flotte américaine dans la sécurité de l’Asie du Sud-Est. La capacité d’une grande puissance à ne pas obliger les autres à choisir entre elle-même et son rival est le vrai test de sa grandeur et de sa réelle disposition à assumer une juste gouvernance »

Lee Hsien Loong, premier ministre de Singapour.

 

 

 

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« Beau comme la fortune »

C’est l’expression récurrente qui a été employée à la mort de Stanley Ho, l’homme qui a transformé l’enfer du jeu de Macao en business lucratif, conservant le monopole du jeu jusqu’en 2001, s’enrichissant au moins autant qu’il a enrichi la Chine. Réfugié à Macao en 1941 pour fuir les Japonais occupant Hongkong, il fit construire en 2006 l’hôtel Gran Lisboa, dans lequel la revue inspirée du Crazy Horse de Paris tournait jour et nuit. L’empire Ho, toujours propriétaire d’un casino sur trois à Macao, a largement dépassé les frontières de l’île. Le partage entre ses 17 enfants de sa fortune estimée à 9 milliards $ ne sera pas facile. « Le jeu, dernière passion des âmes usées » disait Barbey d’Aurevilly  : nul n’a sondé l’âme du beau Stanley mais son corps a tenu jusqu’à 98 ans.

 

 

 

 

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« Le problème de la fragmentation des chaînes de production ne vient pas de la distance géographique mais du niveau de concentration. Relocaliser la production des gants chirurgicaux de Malaisie en Slovaquie ne résoudra pas mécaniquement le problème. Il convient de diversifier les sources d’approvisionnement pour réduire notre exposition à des risques spécifiques à certains pays ou à certaines entreprises ».

Isabelle Méjean, professeure d’économie à Polytechnique, lauréate de la 21ème édition du prix du meilleur jeune économiste 2020 décerné par le Cercle des économistes. 

 

 

 

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« Re-localisation, dé-géantisation des entreprises, fin de la suprématie technologique et de la robotisation à outrance seront les trois concepts clés qui présideront à la nouvelle politique économique mondiale post-pandémie : rien à voir donc avec la reconstruction économique après la Seconde Guerre mondiale ».

 

Xing Ziqiang, économiste en chef de Morgan Stanley China.

 

 

 

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« Le virus est en train d’apparaître comme la forme mortifère et mortifiée de la mondialisation à la chinoise qui aurait tant voulu se projeter encore une fois comme civilisation-monde mais qui n’a désormais plus d’autre alternative que de camper sur une défensive agressivement nationaliste »

 

Anne Cheng, professeure au Collège de France dans Pandémie et mondialisation à la chinoise.

 

 

 

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« La reconstruction pour l’après-coronavirus doit partir de ce principe fondateur : la conscience sociale et environnementale comme pilote central de toutes les décisions. Les Etats doivent faire en sorte que pas un seul dollar n’aille à des entités ou projets qui n’oeuvrent pas, avant toute chose, à l’intérêt social et écologique de la société ».

 

Mohammed Yunus, prix Nobel de la paix 2006.

 

 

 

 

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«  Ne me parlez pas de victoire. Seulement de fin ».

 

Lucide et laconique. A lire dans le journal de Fang Fang à la date du 10 mars, jour de la visite de Xi Jinping à Wuhan. Le journal de crise de l’écrivaine du Hubei sera publié par les éditions Stock et traduit aussi aux USA et en Allemagne. L’auteur a annoncé qu’elle reverserait tous ses droits aux familles des victimes.

 

 

 

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« Un seul coupable, l’homme. Notre total irrespect pour la faune et la flore conduit à réunir dans des conditions sanitaires scandaleuses des animaux vivants qui en principe ne se côtoient pas ». 

 

Gilles Boeuf, biologiste, professeur au College de France.
Un de ses meilleurs livres collectifs : L’homme peut-il accepter ses limites ?

 

 

 

 

 

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« Les catastrophes sont désormais la réalité de la génération présente. Non seulement elles seront plus fortes et plus puissantes mais elles viendront de toutes parts, climat, économie, finance, pollutions, maladies »

 

Pablo Servigne, dernier livre paru : Une autre fin du monde est possible.

 

 

 

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« La numérisation de tout ce qui peut l’être est le moyen pour le capitalisme du XXI ème siècle d’obtenir de nouvelles baisses de coût » 

 

Daniel Cohen, professeur à l’Ecole d’économie de Paris, directeur du département d’économie de l’ENS. Dernier livre paru: Il faut dire que les temps ont changé... Chronique ( fiévreuse ) d'une mutation qui inquiète.

 

 

 

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« L’industrie automobile, hautement protégée, a créé, à cause de sa très faible compétitivité, l’effondrement de la demande. Les marques automobiles chinoises indépendantes ne représentent que 42 % du marché intérieur. Seule Geely ( qui possède Volvo et Lotus ) est devenue la 5 ème marque la plus vendue en Chine, face à toutes les autres fabriquées par des co-entreprises sino-étrangères. L’ industrie de l’électroménager a suivi le chemin inverse : très ouverte, elle a permis aux marques chinoises de devenir des leaders mondiaux. Nos climatiseurs et nos fours à micro-ondes représentent 80 % de la production mondiale, nos réfrigérateurs et nos machines à laver 55 %. Cela est suffisamment significatif pour comprendre le cycle d’ouverture à venir ».  

 

Ren Zeping, chef économiste du groupe immobilier Evergrande Real Estate.