Q

le contexte macroéconomique du moment questionné par un chercheur ou un acteur du monde du business.

uestion

22 juillet 2020

Qui pense quoi ?

Une étude allemande vient de révéler que 42 % des Allemands estiment que les USA vont perdre leur leadership mondial dans la prochaine décennie. Parallèlement une enquête d’opinion, à l’initiative du Conseil européen des relations étrangères et réalisée par Datapraxis et YouGov sur 11 000 personnes dans 9 Etats membres de l’UE, nous apprend que 42 % des Français auraient désormais, et particulièrement depuis la pandémie, une vision négative de la politique de Washington et que les Italiens auraient trouvé la Chine bien plus utile que l’Amérique pendant la crise sanitaire. Susi Dennison et Pawel Zerka qui ont orchestré l’étude européenne remarquent : « Dans un monde effrayant on cherche des amis mais les Européens ne savent plus sur qui ils peuvent compter ». Vraiment ? A des mots si doux la presse officielle chinoise ne pouvait qu’exulter. 
Quand on sait qu’un Centre de recherche sur la pensée de Xi Jinping vient d’être inauguré à Pékin, on se dit que l’agenda conceptuel estival chinois est vraiment parfait ! 
« Les Idées sont des fourmis qui entrent par la fêlure du Je »  écrivait Deleuze. A méditer cet été.

 

 

 

 

 

 

8 juillet 2020

Technologie ou mythologie, pourquoi choisir ?

En 1977, seuls 270 000 Chinois étaient reçus à l’examen d’entrée à l’université. Cette année ils seront 8,7 millions à sortir diplômés des universités chinoises, soit 400 000 cerveaux en plus par rapport à l’an dernier. Des années 70 aux années 90 le taux de réussite à l’examen d’entrée à l’université a plafonné autour de 40 %. Il a aujourd’hui largement doublé.
Les quatre classiques de la littérature chinoise recyclés en séries télé font cet été un malheur chez les millenials fans de Bilibili, le site de partage de vidéos. Les Trois Royaumes, Au bord de l’eau, Le Rêve dans le pavillon rouge, La Pérégrination vers l’Ouest ou Le Lotus d’or, tous écrits entre le XIV ème siècle et le XVIII ème ont ainsi fait peau neuve, trouvant grâce à la révolution digitale un public inédit.
Une jeunesse capable dans la même génération de développer le supercalculateur exaflopique Tianhe-3 et de revisiter ses classiques pèsera double dans le monde : par sa masse et par la haute qualité de son potentiel cognitif branché sur une double source technologique et mythologique.     
Si comme le pensait Nelson Mandela l’éducation est l’arme la plus utile pour changer le monde, la Chine prend chaque année un peu plus d’avance pour y parvenir.

1 juillet 2020

5G et après ?

10 000 nouvelles stations de base 5G seraient construites par semaine. La Chine en compte déjà environ 200 000 qui sont opérationnelles. Dont une sur le camp de base de l’Everest à plus de 5000 mètres d’altitude ! Les opérateurs de télécoms nationaux devraient investir cette année environ l’équivalent de 25 milliards $ dans cette nouvelle technologie. Et fin 2020 350 villes chinoises devraient bénéficier des services de la 5G. L’opérateur américain T-Mobile annonce de son côté pouvoir proposer la 5G à 200 millions d’Américains et desservir 5000 villes. 
Paul Schulte, fondateur de Schulte Research basé à Singapour, spécialiste de l’impact des nouvelles technologies sur les marchés de la finance et de l’assurance et dont le prochain livre portera sur la crypto-monnaie, la fintech et les problèmes de régulation, voit le leadership technologique chinois l’emporter dans 5 domaines clés : la 5G, le e-commerce, la voiture autonome, l’internet des objets, la ville intelligente. Les deux grands avantages compétitifs de la 5G pour Paul Schulte ? Faire exploser le marché du big data et réduire considérablement le coût de la transaction individuelle. 
Sachant qu’un équipement 5G consomme trois fois plus d’énergie que son ancêtre 4G et qu’il faudrait, selon les experts de l’association Shift Project, trois fois plus de sites 5G pour atteindre le niveau de couverture 4G, on ne sait s’il faut envier les Chinois, les Américains ou ni les uns ni les autres. 

 

 

 

 

 

 

24 juin 2020

Découplage, nouveau couple ou recouplage ?

Pendant que le président américain traite son rival Joe Biden de marionnette de la Chine, le président chinois discute par liaison vidéo avec les dirigeants de l’Europe, Charles Michel et Ursula von der Leyen. 
Prudence stratégique de Pékin face à l’hypothèse du découplage des économies américaine et chinoise et anticipation de la décotation annoncée par les bourses américaines des entreprises chinoises, l’Europe redevient la grande puissance économique et la grande civilisation que la Chine a toujours respectées. Comme si un nouveau plan Marshall, sino-européen cette fois, allait redresser l’économie mondiale ! On découple d’un côté, on recouple de l’autre. 
Pendant les 6 premiers mois de l’année presque 1700 trains de fret ont traversé le col d’Alataw dans le Xinjiang à destination de l’Europe, soit un trafic augmenté de 40 % par rapport à la même période l’an dernier. 
Pendant que le président américain peine à remplir sa salle à Tulsa dans l’Oklahoma, le président chinois sécurise son audience en téléconférence. « Qui ne gueule pas la vérité quand il sait la vérité se fait le complice des menteurs et des faussaires » pensait Charles Péguy. 
L’Europe sera-t-elle un jour dans le rôle de l’interlocuteur qui dit la vérité avec autant de force à l’Amérique qu’à la Chine ?

 

 

 

 

 

 

17 juin 2020

Quand la présence deviendra-t-elle définitivement obsolète ?

Pour la première fois depuis 1957, la foire de Canton est en ligne. Pendant 10 jours, 25 000 entreprises vendront ou essaieront de vendre près de 2 millions de produits. Véritable test pour les exportations et les importations, nous saurons dans dix jours, avec les résultats de cette foire inédite, si le commerce en ligne a définitivement rendu obsolète les échanges traditionnels. 
Le nouveau format smart expo permet de suivre en direct et en ligne les démonstrations produits, le nombre de visiteurs par région et par secteur d’activité, de remplir son caddie, de se balader en 3 D dans tous les halls, de participer à des discussions sur la dernière innovation cosmétique, électronique, hygiénique, médicale, vétérinaire, mécanique, quantique. A la manoeuvre Tencent qui a conçu toute l’architecture en ligne. Le fondateur de Pinduoduo déclarait récemment que les frontières entre le réel et le virtuel étaient désormais totalement abolies. La première grande foire mondiale en ligne sera-t-elle aussi convaincante pour le business que ses 126 éditions précédentes ? 
Et ce qui est vrai pour la consommation et le commerce, le sera-t-il aussi pour l’éducation ? Presque 9 millions d’étudiants chinois passeront cette année leurs diplômes de fin d’études universitaires en ligne. Toutes les universités garantissent évidemment la qualité du diplôme et le niveau de leurs étudiants. A quand une grande foire universitaire mondiale en ligne avec un classement des meilleurs doctorants en fonction de leur aisance en mode non présentiel ? La Chine qui est l’une des puissances les plus actives sur le marché de la vidéosurveillance risque bien d’être aussi la première à rendre la présence obsolète.

 

 

 

 

 

 

10 juin 2020

Que serait le riz sans l’intelligence artificielle ?

Le riz pousse désormais dans les sols salins-alcalins. 
La terre perdrait environ 3 hectares de terres arables par minute à cause de la salinisation, phénomène chimique dont on connaît les causes humaines : l’irrigation trop abondante, le défrichement, l’épuisement des nappes phréatiques et le réchauffement climatique. 
Trois tests de plantation en sol salin viennent d’être réalisés autour de Golmud dans le Qinghai à presque 3000 mètres d’altitude, de Qingdao dans le Shandong et de Wenzhou dans le Zhejiang. 
Double bénéfice : la production de riz augmente et les terres stériles deviennent des terres arables, écologiquement protégées.
Grâce aux capteurs et aux caméras intelligentes qui croisent les données de l’analyse des sols et celles des conditions climatiques, on sait précisément les quantités d’eau et d’engrais dont le riz hybride a besoin. Le rendement est amélioré, la terre n’est pas épuisée. 
Le programme est dirigé par Yuan Longping, le père du riz hybride, agronome né en 1930. Mené aujourd’hui sur 100 000 mu, soit environ 7000 hectares, il est prévu de l’étendre à 100 millions de mu, ce qui permettrait de nourrir presque 100 millions de personnes supplémentaires.
Le prix mondial du riz a augmenté de 15 % au premier semestre, la pandémie consacrant son statut d’or blanc. 
Quand il était enfant Yuan Longping et sa famille ont souffert de la famine. Du riz, de l’imagination, de l’intelligence artificielle, soit une matière première, l’inventivité humaine pour en décupler les potentialités et la technologie pour rendre sa production plus intelligente et plus responsable : on pourrait écrire une histoire du miracle économique chinois autour de ces trois mots. 
De la famine à l’intelligence artificielle qui sauve de la pauvreté en sauvant aussi la terre, voilà la face brillante de la Chine contemporaine.  
Rappelons que le premier ministre Li Keqiang vient de chiffrer à 600 millions le nombre de Chinois avec un revenu mensuel disponible d’environ 1000 yuans ( 125 euros ). Précisions des chercheurs du Bejing Normal University Institute of Income Distribution : presque 43 % de la population gagnent moins de 1090 yuans par mois dont 220 millions ont un revenu inférieur à 500 yuans et 420 millions un revenu inférieur à 800 yuans, 5,46 millions n’ayant aucun revenu.

 

 

 

 

 

 

3 juin 2020

Le marteau ou l’enclume pour l’industrie manufacturière chinoise ?

Le e-commerce, l’éducation en ligne, les soins médicaux en ligne avaient déjà fortement restructuré la demande intérieure et la consommation chinoise bien avant l’apparition de la pandémie. « L’épidémie n’a changé ni le mode de vie chinois ni notre logique d’investissement : elle n’a fait que les accélérer et décupler leur impact » note Li Xunlei économiste en chef de Zhongtai Securities. Quand Daniel Cohen remarque que le virus marquera l’avènement du capitalisme numérique, il ne dit pas autre chose. 
Gao Bai, professeur au département de sociologie de Duke University, va pas plus loin : là où le monde entier croit la Chine très en avance sur la transition vers le capitalisme numérique, il rappelle que l’Internet industriel et le défi de la fabrication intelligente de l’usine 4.0 représentent pour l’industrie manufacturière chinoise, qui a reposé pendant les 40 dernières années sur la seule obsession de la réduction de coûts par les économies d’échelle et de gamme, un risque bien plus inquiétant que la guerre commerciale sino-américaine.
Les pays développés pourraient prendre l’avantage sur la fabrication intelligente : c’est la première menace qui pèse sur l’industrie manufacturière chinoise. Et les pays en voie de développement pourraient accueillir toutes les futures usines qui seront délocalisées de Chine vers des régions à plus faible coût de production.
Un double étau donc pour l’industrie manufacturière chinoise qui risque de se trouver coincée entre le marteau de la fabrication intelligente et l’enclume de la nouvelle vague de délocalisation industrielle.        
PS : Li Xunlei vient de démissionner de son poste de directeur du Research Institute de Zhongtai Securities tout en gardant son poste d’économiste en chef. Sa dernière réaction ? Contester un article publié sur Weibo « Quel est le taux de chômage réel en Chine ? ». Cet article estime à 20, 5 % le taux de chômage national, soit trois fois plus que les statistiques officielles, ces dernières ne comptabilisant pas dans le taux les agriculteurs et les travailleurs migrants et se concentrant seulement sur les travailleurs en zone urbaine. Pour mémoire : les travailleurs migrants sont estimés à 288 millions de personnes. 

 

 

 

 

 

 

27 mai 2020

U ou V ?

5 nouvelles priorités pour la nouvelle génération des technologies de l’intelligence artificielle, vient d’annoncer le ministère chinois des Sciences et des Technologies : l’intelligence des données, l’intelligence en essaim, l’intelligence intermédias, l’intelligence hybride homme-machine et le système intelligent. 11 zones pilotes sont désormais consacrées à l’IA sur l’ensemble du territoire et les investissements vont encore augmenter pour développer ces 5 nouvelles priorités stratégiques. 
Guide2Research vient de publier la liste 2020 des 1000 meilleurs informaticiens du monde. 616 sont Américains, 140 Chinois ont été sélectionnés et 45 travaillant en Chine continentale. Les 5 priorités de la nouvelle génération IA ont donc toutes les chances d’être rapidement converties en nouveaux marchés. 
Ces nouveaux investissements d’avenir sont d’autant plus stratégiques que la crise sanitaire a durement secoué les moteurs historiques de la croissance. Liu Jin, doyen de la Cheung Kong Graduate School of Business School de Beijing estime que la relance économique chinoise ne se fera pas en V mais en U car les PME qui représentent 90 % de l’emploi dans l’industrie et 70 % dans l’industrie des services ont été les entreprises les plus durement touchées par la crise sanitaire. L’hypothèse de la reprise en U est aussi celle de Cai Feng, vice-président de l’Académie chinoise des sciences sociales, qui ne croit pas à la dé-mondialisation.
Inspirée des études des biologistes et des éthologistes curieux de comprendre comment les colonies de fourmis de termites ou d’abeilles pouvaient produire un collectif aussi cohérent et efficace tout en respectant l’autonomie de chaque élément du groupe concentré sur une tâche simple, l’intelligence en essaim est devenue le champ de recherche privilégié des roboticiens et des informaticiens. Dans l’intelligence en essaim aucun agent ne décide ni ne coordonne les actions des autres, le système étant totalement décentralisé : beau paradoxe donc qui voit la Chine politiquement centralisée devenir un grand acteur de la recherche mondiale sur l’intelligence en essaim.

 

 

 

 

 

 

20 mai 2020

Kunlun et après ?

En Antarctique, l’une des bases chinoises de recherche s’appelle Kunlun. Elle passe pour le centre gastronomique de la région depuis que son équipe scientifique a réussi à y cultiver des légumes en serre par moins 50 degrés. Forcément cela fait des envieux sur les bases voisines russes ou australiennes.
Entre les légumes frais de la base de Kunlun et la connexion Internet sans interruption de celle de Zhongshan, la Chine applique en miniature sur le continent austral, habité par 5000 scientifiques environ en saison haute, ce qu’elle prétend apporter au monde entier : elle innove, partage, aide.   
Le Traité de l’Antarctique en vigueur depuis 1961, signé par 12 Etats à l'origine n’autorise sur le continent que les seules activités pacifiques et dans l’intérêt de toute l’humanité. La Chine a adhéré au Traité en 1983. En 1991 le protocole de Madrid a précisé que le continent blanc était terre de sciences et réserve naturelle et a interdit toute exploitation jusqu’en 2048.  A priori donc pas de mine de cuivre, de nickel, d’or ou de centre chinois d’extraction d’hydrocarbures en vue à ce jour.  
Parmi les 52 bases internationales, 4 sont chinoises, Zhongshan fonctionne depuis 1989 et Kunlun depuis 2009. Une cinquième base en mer de Ross devrait être achevée dans deux ans. 
Avant d’être le nom de la cordillère qui borde le Tibet et le Xinjiang Kunlun est une divinité ancestrale aux dents de tigre et à la queue de léopard, gardée par des oiseaux bleus, déesse des épidémies, des étoiles et des châtiments qui habite sur le Mont de Jade au-delà des sables mouvants, généralement identifiés comme le désert du Taklamakan, aujourd’hui dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang. Dans d’autres textes oraculaires antiques, Kunlun devient Xi Wang Mu, la princesse de jade qui se déplace sur une grue, maîtresse du verger où poussent les pêches d’immortalité. Tous les 3000 ans elle donne un festin pour partager les fruits sacrés ( il faut du temps pour produire l’immortalité, même en Chine ) avec les dieux et les Huit immortels taoïstes. Parmi les mortels seuls le roi Mu de Zhou et l’empereur Wu de Han auraient eu le privilège d’être invités au festin.  
Sur les fresques des temples ou des tombes l’irrésistible Kunlun est souvent accompagnée d’un tigre blanc, d’un oiseau bleu, d’un renard à neuf queues, d’un lièvre, de la lune et du soleil. 
A quand son prochain festin ? Dans 3000 ans qu’auront trouvé les scientifiques chinois de Kunlun : le secret de l’immortalité avant les chercheurs américains de Singularity University ? Et d’ici là toute la glace de l’Antarctique aura-t-elle fondu ?

 

 

 

 

 

13 mai 2020

A quand une marque chinoise dans le top 100 ?

La Chine n’est pas encore l‘empire des marques les plus puissantes du monde.
C’est la raison pour laquelle Li Keqiang, premier ministre et brand manager en chef, vient d’exhorter sa nation à mieux développer ses grandes marques. Pour doper la consommation, décupler sa montée en gamme et en qualité, développer l’innovation, diffuser le soft power d’un pays, quelle arme plus fatale qu’une grande marque ?
Au dernier classement Interbrand des 100 marques les plus puissantes du monde, 7 marques américaines sont toujours accrochées au top 10, les 3 rescapées non américaines étant Samsung,Toyota et Mercedes-Benz. 
Les premières françaises sont Louis Vuitton, Chanel, Hermès, respectivement à la place 17, 22 et 28. Prada clôt le classement. Netflix est 65 ème et les deux nouveaux entrants Linkedin et Uber sont encore américains. 
Les 5 marques chinoises les plus puissantes, Tencent, Alibaba, China Mobile, ICBC, Baidu n’y figurent pas. De nombreuses marques chinoises sont pourtant parmi les plus rentables du monde. China Tobacco est l’entreprise la plus rentable du pays et Moutai est dans le top 3 des marques d’alcool les plus rentables du monde. Mais leur popularité n’est pas à la hauteur de leur rentabilité.
Sur tous les marchés les marques chinoises premium ont un bel avenir devant elles : Icicle, Peak, Stella Luna, MO&Co, Guo Pei ou encore Ochirly, Bosideng, Li-Ning, Anta, Gujin dans la mode, FAW, Geely, BYD pour l’automobile, Oppo et OnePlus pour le smartphone. Mais il leur faut encore gagner la plus dure de toutes les batailles, celle du désir et de la réputation.
Anything is possible dit le slogan de Li-Ning. 

 

 

 

 

 

 

6 mai 2020

Qui dit merci au virus ?


Le fret ferroviaire peut dire merci au virus. Le trafic maritime, aérien et routier étant à son point le plus faible depuis un trimestre, c’est lui qui a profité de la pandémie. 
804 trains en partance de Chine vers l’Europe en mars, 1941 convois pour le premier trimestre 2020. Et un record de 979 trains pour le seul mois d’avril. 73 000 conteneurs EVP ( Equivalent Vingt Pieds soit environ 6 mètres en longueur et 2,5 m en hauteur et en largeur ) ont été débarqués en Europe en mars, 80 000 en avril.  Cela semble impressionnant mais, selon les chiffres de la China Container Industry Association, depuis 9 ans à peine 2 millions de conteneurs auraient été débarqués par les trains chinois en Europe. Rien de pharaonique, rien en tous cas à la hauteur des espérances des Routes de la soie. Si 1 % des activités du volume du fret maritime chinois était transféré sur le fret ferroviaire, 3 millions d’ EVP seraient livrés par an estime la corporation de l’industrie des conteneurs. 
Depuis le premier train Chongqing-Anvers en 2011, le fer relie désormais une soixante de villes entre la Chine et l’Europe. Sachant qu’un navire met 32 jours pour remonter de Shanghai à Hamburg là où le train en met 19, imaginons qu’au lieu de convertir seulement 1 % de son fret maritime en fret ferroviaire, la Chine en convertisse 5 %. Le début d’une transition énergétique post-coronavirus ?

 

 

 

 

 

 

29 avril 2020

Quelle est l’entreprise la plus rentable de Chine ?

On pense au pétrole, aux chemins de fer, à la banque ICBC, à  Tencent, Alibaba, Huawei ou à quelques licornes miraculeuses. 
Zhang Jianmin, directeur général de China National Tobacco Corporation, a la réponse. C’est l’entreprise qu’il dirige qui écrase toutes les autres avec 1155,6 milliards de yuans en 2018, soit plus que le total des bénéfices des 4 plus grandes banques d’Etat chinoises et presque 20 fois les bénéfices d’Alibaba. 
306 millions de fumeurs en Chine représentent un peu plus de 44 % de la consommation mondiale de tabac. Selon les statistiques de l’OMS les Chinois fumeraient en moyenne par an et par adulte 4100 cigarettes. Derrière eux, dans les plus gros fumeurs du monde arrivent les Biélorusses, les Libanais, les Russes.
La CNTC est depuis 1982 sous la tutelle du Ministère de l’industrie et des technologies de l’information. Mao expulsa du pays British American Tobacoo dans les années 50 pour centraliser la production et la distribution de tabac. Aujourd’hui le tabac représente plus de 8 % des recettes fiscales chinoises. Deux des grands principes de Warren Buffett auraient pu en faire l’investisseur idéal de China Tobacco. Le premier : « Notre  approche est de tirer profit du manque de changement plus que du changement ». Le second : « J’essaie toujours d’investir dans des entreprises d’une qualité telle qu’elles fonctionneraient même si un idiot les dirigeait. Car tôt ou tard cela arrive toujours ». Si vous doutez des principes de l’oracle d’Omaha, écoutez plutôt le dialogue entre Neil Shen et Stephen Schwartzman, oracles de Sequoia et de Blackrock !  Quelques conseils du fondateur de Blackrock aux jeunes investisseurs et entrepreneurs pour s’en sortir dans un monde incertain et imprévisible ? Investissez dans ce que vous aimez, ne rêvez pas grand mais mondial, apprenez à avoir peur.

 

 

 

 

 

22 avril 2020

Le découplage de la chaîne industrielle sino-américaine, un gros orage sans pluie ?

Les deux premières puissances mondiales prennent le chemin obscur de la Force. 
Dans une note récente au nom de sa Fondation Prospective et Innovation J.P Raffarin note : « La pandémie a exacerbé la rivalité commerciale et technologique entre l’Amérique et la Chine…tout est prétexte au dénigrement, aux grandes manoeuvres et à la communication de guerre… Le piège de Thucydide se referme sur nous, la rivalité entre le numéro 1 et le numéro 2 va structurer durablement les relations internationales ». 
Que faire ? Maintenir le cap : « La précaution et la pédagogie s’imposent, toute arrogance est condamnable, le temps disqualifiera les manipulateurs. Notre sagesse gaullienne nous recommande de discuter avec tous, avec respect et dignité ». Mais que vaut la sagesse quand elle est prise entre deux folies ?
On peut parier sur la sagesse gaullienne, on peut aussi faire confiance à la sagesse économique. Celle-ci fait dire à Wei Shangjin, professeur de finance à Fudan Univresity et à Columbia, que le découplage de la chaîne industrielle sino-américaine est un gros orage avec beaucoup plus de tonnerre que de pluie. 
« Transférer leur chaîne industrielle de la Chine au Vietnam, en Inde, en Indonésie ou au Mexique coûterait très cher aux entreprises américaines, d’autant plus que leur capacité d’investissement a été touchée par la pandémie. Pour réussir le découplage sino-américain, il faudrait que les USA parviennent à convaincre l’Union européenne, le Japon, le Canada et l’Australie de s’aligner sur leurs intérêts. Or les entreprises américaines n’oublient pas que leurs principaux concurrents sont bien plus souvent des entreprises allemandes, japonaises ou britanniques que chinoises. Il semble donc très improbable que les entreprises américaines consentent au découplage tant vanté par Washington ».
Comment l’ordre du monde peut ne pas basculer dans le chaos si ses deux Atlas les plus puissants le tirent dans deux directions opposées ? Un empire attaque, l’autre contre-attaque, chacun jouant tour à tour l’agresseur ou l’agressé, pris tous les deux dans le tourbillon mortel du mimétisme diabolique. A ce jour aucun contre-pouvoir ne semble avoir les moyens d’arbitrer leur guerre de Titans. Parions donc autant sur la sagesse gaullienne que sur la sagesse économique. 
China Telecom et Huawei viennent d’installer 3 stations de diffusion 5G sur le camp de base de l’Everest à plus de 5000 mètres d’altitude. Des millions de Chinois peuvent désormais profiter, depuis leur salon, du spectacle continu de la beauté du plus haut sommet du monde. Et si la vison partagée de la montagne sacrée faisait baisser la fièvre ? Notre sagesse gaullienne peut ne pas être inutile : à condition que les deux protagonistes n’oublient pas les deux principes de Yoda : Personne ne devient grand par la guerre et un Empire agressif est un empire qui s’affaiblit car sous l’arrogance couve souvent la peur qui mène à la colère qui mène à la haine qui mène à la souffrance. 

 

 

 

 

 

 

15 avril 2020

Pasteur est-il chinois ?

Le Centre de contrôle et de prévention des maladies, agence de l’Union Africaine, annonçait il y a trois jours moins de 14 000 cas contaminés sur tout le continent pour 744 morts, chiffres à ce jour encore très bas comparés au reste du monde. « Nous ne savons pas comment le coronavirus interagira avec le paludisme, la tuberculose et le VIH » prévient le virologue camerounais John Nkengasong.
Pendant que nous aimons spéculer sur la catastrophe africaine programmée ou déplorer le soft power de Pékin qui gagne des parts de marché sur tout le continent, la méthode chinoise est à l’oeuvre. Elle connaît le terrain puisque la Chine était déjà là pour Ebola en 2014. Elle a ses deux grands pays relais, l’Ethiopie ( 112 millions d’habitants ) et l’Afrique du Sud ( 57 millions d’habitants ). En coordination avec les institutions sanitaires du continent et leurs correspondants dans chaque pays, elle suit avec la même précision la progression de la maladie au Bénin ou au Tchad. 
Partout elle équipe, assiste, forme, bien au-delà des foyers des trois pays les plus touchés du continent, l’Afrique du Sud, l’Egypte et l’Algérie. Bamako, Accra, Conakry, Ouagadougou, Monrovia font l’objet de la même attention.
La méthode chinoise repose sur trois leviers activés simultanément : gérer l’urgence par la livraison massive de matériel médical ; dépasser l’urgence par le partage systématique des connaissances en matière de dépistage, protection, diagnostic, essais cliniques ; préparer l’avenir en modernisant les hôpitaux ou construisant de nouveaux laboratoires. Demain ce n’est pas le commerce bilatéral entre la Chine et le continent africain ( presque 200 milliards aujourd’hui ) qui en pâtira !
En Afrique l’Institut Pasteur est présent à Yaoundé, Bangui, Niamey, Abidjan, Antananarivo et Dakar. En 2018  un nouveau laboratoire Pasteur a été inauguré en Guinée au sein de l’Université de Conakry. On ne parle pourtant que de la fondation de Jack Ma. 
Trois idées simples de Louis Pasteur : la science n’a pas de patrie, savoir s’étonner à propos est le premier pas sur la route de la découverte, guérir parfois, soulager souvent, écouter toujours. 
Cet esprit Pasteur, c’est la Chine qui l’applique brillamment aujourd’hui en Afrique. 

 

 

 

 

 

 

8 avril 2020

La fin de la cour de récréation ?

300 millions de jeunes Chinois, de la maternelle à l’université, ont travaillé en ligne pendant l’épidémie. Le boom conjoncturel de l’éducation en ligne va-t-il engendrer une mutation structurelle du marché de l’éducation ? 
Zhang Lijun, spécialiste de l’économie du savoir, partenaire de Sinnovation Ventures, société fondée par Kaifu Lee, ex président de Microsoft Research Asia, investisseur, auteur de IA, la plus grande mutation de l’histoire pense le contraire : « L’éducation hors ligne redeviendra la priorité car rares sont les parents qui ont l’énergie et le temps pour s’occuper de leurs enfants à la maison et chez de nombreux enfants le travail exclusif sur ordinateur décuplent leurs problèmes de vue ». Rappelons que 80 % des Chinois de 16 à 18 ans sont myopes tout comme 40 % des élèves du primaire, des taux très supérieurs aux pays occidentaux.
Les paris sont ouverts mais les dés sont jetés. Le simple fait d’envisager l’hypothèse du grand remplacement de l’éducation traditionnelle est inquiétant et stimulant à la fois.
Les freins à la nouvelle suprématie de l’éducation hors ligne ? La myopie, l’indisponibilité des parents, la dé-socialisation, la difficile et lente reconversion de l’ensemble des enseignants, la dispersion anarchique des connaissances en autant de micros marchés plus ou moins rentables, la fiabilité aléatoire du savoir transmis, la manipulation des esprits.
La question est moins de savoir si la ligne de partage se fera entre l’éducation hors ligne ou en ligne que de maintenir une éducation exigeante et ouverte : qu’importe l’accès tant que l’excellence du contenu est garanti. ll faut frotter et « limer sa cervelle contre celle d’autrui pour ne pas rester contraint et amoncelé en nous ». Pourquoi l’école en ligne ne serait-elle pas fidèle au principe de Montaigne ?

 

 

 

 

 

 

1 avril 2020

L’effet retour ?

Plus le virus tue plus les chiffres s’affolent. Il ne faudrait pas que la réciproque soit vraie : imaginez un virus qui mute en fonction de sa connaissance des chiffres et qui déciderait de tuer plus ici pour contredire les chiffres officiels et moins là pour déjouer la mobilisation générale. 
Wuhan annonce officiellement 2535 morts mais en spéculant sur le nombre d’urnes livrées quotidiennement dans les 7 crématoriums de la ville, de nombreux médias évaluent le bilan à une moyenne bien plus élevée pour la seule capitale du Hubei. De son côté, le président américain annonce que si son pays arrive à limiter la casse à 100 000 morts du bon boulot aura été fait. Partout la vie devient un chiffre. Et le pouvoir une guerre de chiffres. Etrange déshumanisation à l’heure où l’on appelle l’humanité à se sentir une et unie. Déjà dans tous les points d’entrée en Chine on redoute un effet retour de l’épidémie : près de 1000 cas contaminés en provenance de 42 pays différents auraient été détectés. Après l’épidémie aussi on comptera les morts, toutes ces entreprises fauchées par le virus. Xu Chenggang, professeur d’économie au Cheung Kong Graduate School of Business de Pékin le rappelle : la Chine ayant l’un des ratios dette / PIB les plus élevés du monde, sa relance budgétaire sera mécaniquement plus faible que celle lancée pendant la crise de 2008. Pour limiter le nombre de morts, il faut se concentrer sur le sauvetage des PME, digue contre le chômage de masse. 80% des salariés chinois, soit 230 millions de personnes, travaillent dans des petites ou moyennes entreprises, pour un résultat d’exploitation annuel qui représente 68,2 % du résultat annuel de l’ensemble des entreprises du pays. 
Le 5 avril est le jour de la commémoration des morts en Chine. La signification de la fête de QingMing vient du calendrier agricole traditionnel chinois et désigne littéralement les conditions climatiques quinze jours après l’équinoxe de printemps. Un temps clair et lumineux. Même dans le terrible dernier roman de Yan Lianke, La mort du soleil, la lumière revient.

 

 

 

 

 

 

25 mars 2020

Chloroquine ou astragale ?

Pendant que la France s’interroge sur la prescription massive de la chloroquine, la Chine multiplie les essais cliniques pour prouver l’efficacité de sa pharmacopée traditionnelle sur les malades du virus et expédie en masse, de la Namibie aux Pays-Bas, ses boîtes de médicaments à base de plantes médicinales. 
Le chèvrefeuille, la menthe et la réglisse aident à détoxifier les poumons pendant que d’autres plantes agissent contre la stase sanguine, stimulent la signalisation cellulaire, font baisser la fièvre ou diminuer la sécheresse du poumon. Les solutions de la médecine traditionnelle chinoise ont été prescrites pour plus de 90 % des malades du Hubei. Quel est donc est le lointain point commun entre la chloroquine et la MTC ? La nature, car même si la chimie a beaucoup enrichi la formule, l’anti-paludéen vient de l’écorce du quinquina, arbuste de la Cordillère des Andes que les Jésuites appelaient l’arbre de la fièvre. Mais là où nous semblons croire en un seul remède miracle, les Chinois multiplient les chances en multipliant les ressources, les agencements, les combinaisons. 
Feuilles, racines, graines ou fleurs de la campanule du pourpier du forsythia du mûrier blanc de la pivoine à fleurs blanches de la mauve sauvage du buplèvre de l’angélique de l’anémone ou de l’astragale ont prouvé, si ce n’est leur efficacité, au moins leurs vertus. La plante traditionnelle chinoise au plus beau nom ? L’herbe à chapelets ou larme de Job dont les graines sont censées tonifier la rate et éliminer les obstructions.
A la fin du livre de Job Dieu restitue son serviteur dans ses biens et sa dignité : « Le Seigneur rendit les dernières années de Job plus prospères que les premières. Il lui naquit sept fils et trois filles. On ne trouvait pas dans toute la terre des femmes aussi belles que ses filles, il vécut ensuite cent quarante ans, vit ses fils et les fils de ses fis jusqu’à la quatrième génération et mourut vieux et rassasié de jours ». Mourir rassasié de jours, quelle fin plus enviable ?

 

 

 

 

 

 

18 mars 2020

Des nouvelles routes de la soie sanitaires ?

En annonçant l’ouverture d’une Route de la soie sanitaire avec l’Italie, la Chine reste fidèle à sa géostratégie, ajoutant désormais un leadership solidaire et éthique à la mondialisation de son modèle. 500 000 masques chirurgicaux livrés en Italie, 300 000 offerts en Belgique par des associations caritatives, des milliers de kits de dépistage pour les Philippines, des vidéoconférences entre experts chinois et médecins espagnols, 2000 combinaisons médicales envoyées au Japon et 5000 en Corée du Sud par la seule province du Liaoning, experts médicaux volontaires en Iran … Nul doute qu’elle fera la même chose en Afrique où le Bénin vient d’annoncer son premier cas de Covid-19 et où le Soudan a tout juste déclaré l’état d’urgence sanitaire tandis que la contamination continue de galoper dans les pays les plus touchés du continent Egypte, Afrique du Sud, Algérie, Maroc, Sénégal, Tunisie. 
Pendant ce temps en Chine des milliers de travailleurs psychologiques sondent la santé mentale des individus dans toutes les provinces. La plateforme d’assistance psychologique Xinli 001, qui a récemment bouclé un nouveau tour de table, compte 22 millions d’utilisateurs dont presque 3 millions sont des abonnés payants. Son denier sondage de février réalisé à partir d’une base de 110 000 questionnaires révèle que 25 % des Chinois reconnaissent avoir été contaminés par un nouveau virus : la colère. Une passion triste que ne connaissent sans doute pas les 40 privilégiés qui ont pris le vol du 787 Dream Jet de la compagnie chinoise Deer Jet au prix de 180 000 yuans le siège pour rentrer à Shanghai au départ de Londres et de Genève. Les nouvelles routes de la soie sanitaires pourraient être une formidable initiative mondiale, à condition qu’elles soient ouvertes à tous et qu’elles prennent en charge toutes les pathologies.

 

 

 

 

 

 

11 mars 2020

Pessimisme ou optimisme ?

Zhang Jun, doyen de l’Ecole d’économie de l’Université de Fudan reste optimiste. Si l’épidémie est maîtrisée à la fin du premier trimestre, pense-t-il, son impact économique sur la croissance chinoise sera lissée grâce aux chiffres des trois trimestres suivants. McDonald’s a réouvert cette semaine 90 % de son parc chinois qui compte 3300 restaurants, 38 des 42 Apple Store du pays accueillent à nouveau leurs clients, Starbucks semble suivre, Ikea aussi. Au moment même où l’Italie, 8 ème économie mondiale, entre en quarantaine de la tête au talon. Au moment aussi où, pour se préparer à ce qu’il appelle l’épidémie de guerre, Sun Jie, le président de Ctrip, vient d’annoncer dans une lettre interne que pour anticiper le choc à venir James Liang le président du conseil d’administration et lui-même ne toucheraient aucun salaire au mois de mars. La direction de l’entreprise a aussitôt proposé un salaire à 50 % pour tous les employés du géant de la réservation en ligne. Pessimisme ou optimisme, quel est, au-delà du masque, le meilleur antidote contre le mal ? On se souvient de cette pensée terrible de Billy Wilder : « Les pessimistes ont fini à Hollywood, les optimistes à Auschwitz ».  

 

 

 

 

 

 

4 mars 2020

Le monastère Shaolin ou les drones ?

Le mot chinois crise contient le mot menace et le mot opportunité. Pendant que les Chinois paient le plus lourd tribut à l’épidémie, ils inventent aussi de nouveaux métiers et de nouveaux marchés. 
Les deux règles de survie, dans la vie des affaires comme dans la vie tout court, sont l’adaptation et l’endurance. On a aujourd’hui souvent tendance à oublier l’endurance pour faire de l’adaptation le nouveau credo exclusif de la modernité. L’exemple de Neil Shen est, à ce titre, parfaitement symbolique de la vertu de l’endurance. En 2003, en pleine pleine épidémie du SRAS, les résultats de l’entreprise pionnière Ctrip fondée à Shanghai en 1999, comme tous ceux de l’économie du tourisme et de l’hôtellerie, se sont effondrés. Que décida le co-fondateur du futur géant de la réservation en ligne ? 5 choses décisives : garder confiance dans la capacité à juguler l’épidémie, croire à l’avenir du tourisme chinois, ne licencier aucun employé, réduire les coûts d’exploitation en instituant le travail partiel à hauteur de 60% du salaire, explorer de nouvelles sources de business, former à long terme les salariés. Au deuxième trimestre 2003 le chiffre d’affaires de Ctrip atteignit un record de presque 60 millions de yuans, soit une augmentation de 73 % par rapport au premier trimestre. En décembre de la même année l’entreprise entrait au Nasdaq avec une cotation 15 fois supérieure à son taux de souscription et l’action Ctrip en une journée augmenta de 80 %. L‘endurance fut ainsi la stratégie gagnante. Aujourd’hui, fidèle à ses principes, Neil Shen, à la tête de Sequoia China, a surinvesti au mois de février, au moment le plus critique de l’épidémie. L’intelligence et la rentabilité de ses investissements massifs dans les entreprises spécialistes de la santé augmentée par l’intelligence artificielle ou par Internet, doivent beaucoup à la leçon de 2003.

 

 

 

 

 

 

26 février 2020

Adaptation ou endurance ?

Un robot intelligent équipé de la 5 G avec imagerie thermique embarquée peut tracer plus de 30 personnes en même temps, prenant leur température à distance et signalant aussitôt les nouveaux cas de contamination. Ce petit animal circule actuellement dans les rues de Suzhou, province du Jiangsu, oeuvre collective des cerveaux de China Telecom, de l’Université de Nanjing, de l’Institut de recherche de Suzhou et de l’entreprise Smart Origin Robotics. Le fondateur de cette dernière préconise de l’utiliser systématiquement dans les endroits publics ou administratifs pour prévenir et circonscrire l’épidémie. Et pendant que ce nouveau piéton des rues chinoises fait sa ronde, son clone céleste veille : un drone pionnier conçu par une équipe de scientifiques de Tianjin et par l’Institut de technologie de Bejing survole la ville de Fuxin, province du Liaoning. Le nouvel ange gardien est équipé d’un système d’imagerie thermique à infrarouge pour identifier les déplacements de population. Un troisième soldat d’élite est au front : la médecine traditionnelle chinoise. Elle aurait sauvé déjà un malade de 88 ans dans un hôpital de Hangzhou et de nombreux autres plus jeunes à Huzhou. On annonce que son taux de guérison serait de 46 % pour la province du Zhejiang. Face au Covid-19, c’est l’alliance inédite et sacrée des drones, des robots et du Baduanjin, les 8 pièces de brocart, une série d’exercices en vigueur depuis le monastère Shaolin du Henan au V ème siècle. La dernière des huit pièces de brocart consiste à soulever sept fois les talons, la première à soutenir le ciel avec les paumes de ses mains. La vie est l’ensemble des forces qui résistent à la mort disait Bichat ; en matière de résistance la Chine a une très longue mémoire.

 

 

 

 

 

 

26 février 2020

Le monastère Shaolin ou les drones ?

Un robot intelligent équipé de la 5 G avec imagerie thermique embarquée peut tracer plus de 30 personnes en même temps, prenant leur température à distance et signalant aussitôt les nouveaux cas de contamination. Ce petit animal circule actuellement dans les rues de Suzhou, province du Jiangsu, oeuvre collective des cerveaux de China Telecom, de l’Université de Nanjing, de l’Institut de recherche de Suzhou et de l’entreprise Smart Origin Robotics. Le fondateur de cette dernière préconise de l’utiliser systématiquement dans les endroits publics ou administratifs pour prévenir et circonscrire l’épidémie. Et pendant que ce nouveau piéton des rues chinoises fait sa ronde, son clone céleste veille : un drone pionnier conçu par une équipe de scientifiques de Tianjin et par l’Institut de technologie de Bejing survole la ville de Fuxin, province du Liaoning. Le nouvel ange gardien est équipé d’un système d’imagerie thermique à infrarouge pour identifier les déplacements de population. Un troisième soldat d’élite est au front : la médecine traditionnelle chinoise. Elle aurait sauvé déjà un malade de 88 ans dans un hôpital de Hangzhou et de nombreux autres plus jeunes à Huzhou. On annonce que son taux de guérison serait de 46 % pour la province du Zhejiang. Face au Covid-19, c’est l’alliance inédite et sacrée des drones, des robots et du Baduanjin, les 8 pièces de brocart, une série d’exercices en vigueur depuis le monastère Shaolin du Henan au V ème siècle. La dernière des huit pièces de brocart consiste à soulever sept fois les talons, la première à soutenir le ciel avec les paumes de ses mains. La vie est l’ensemble des forces qui résistent à la mort disait Bichat ; en matière de résistance la Chine a une très longue mémoire.

 

 

 

 

 

 

19 février 2020

Routes de la soie ou routes de la santé ?

Il y avait 9293 hôpitaux en 1978 en Chine et 33009 en 2018. Soit une augmentation de 3,55 fois. Pendant la même période, comme le remarque Huang Qifan, ancien maire de Chongqing et vice-président du Comité économique et financier de l’Assemblée populaire nationale, le PIB chinois a été multiplié par 240. Aujourd’hui, selon la même source les dépenses publiques dans la santé représentent à peine 1,7 % du PIB national soit 1600 milliards de yuans par an. Le sous-investissement public dans la santé est donc flagrant. A l’heure où le président chinois déclare que la guerre contre le coronavirus est la nouvelle guerre du peuple et où la session annuelle du Parlement vient d’être repoussée suite à la décision de mettre en quarantaine toute personne rentrant dans la capitale, le peuple chinois ne pourrait-il pas légitimement se demander s’il ne serait pas plus utile au bien public d’investir plus dans la santé que dans la construction d’autoroutes et de chemins de fer en Ethiopie, au Tadjikistan ou au Sri Lanka ? Mais les sessions au Palais du peuple des 2980 députés de l’Assemblé populaire et des 2158 représentants de la Conférence consultative du peuple chinois ayant été reportées, le peuple attendra le prochain tour pour poser la question.

 

 

 

 

 

 

12 février 2020

Masque ou algorithme qui gagnera la guerre ?

Prendre la température de quelqu’un sans contact et à une distance de 3 mètres, c’est possible. Avec une marge d’erreur de 0,3 degré Celsius on sait en plus exactement où sont les personnes fiévreuses et tous ceux qui se trouvent dans leur entourage proche sont alertés en temps réel. 
L’IA est donc d’une redoutable efficacité dans la lutte contre le coronavirus ainsi que l’a rappelé le Ministère chinois de l’industrie et des technologies de l’information qui vient de lancer un plan de coordination de toutes les entreprises d’intelligence artificielle pour maîtriser le plus vite possible l’épidémie.  
Tout aussi utile pour prévenir, diagnostiquer que pour rechercher la séquence génétique du virus et développer plus rapidement les solutions thérapeutiques, l’intelligence artificielle chinoise n’est hélas pas l’arme fatale contre le virus mais une ressource stratégique décisive pour limiter ses ravages. 
Selon le même source la production nationale quotidienne de masques qui était de 8 millions d’unités le 25 janvier avait bondi à 15 millions le 3 février et devrait s’élever à 180 millions à la fin du mois. Dans l’hypothèse où tout le monde reprendrait le travail demain il faudrait 533 millions de masques par jour, comptant un masque par employé. On comprend à quel point l’ IA est le complément stratégique vital de l’industrie traditionnelle. 
En première ligne de la bataille, Yitu Tecnology fondée en 2012 à Shanghai dont la vocation affichée « building a safer, smarter, healthier world » trouve aujourd’hui tout son sens et Megvii, licorne créée à Bejing en 2011 par trois diplômés de Tsinghua qui a réalisé un chiffre d’affaires de 1,4 milliard de yuans en 2018 et presque 1 milliard sur les six premiers mois de 2019. 
Le mal actuel qui frappe la Chine détourne légèrement la vocation originelle de ces deux licornes spécialistes de la sécurité et de la reconnaissance faciale. Et ce détournement est un grand bien. Ce qui prouve encore une fois que la technologie n’est ni le diable ni le bon dieu et que seuls ses usages décident de sa valeur.

 

 

 

 

 

 

5 février 2020

Quel impact économique pour le démon ?

Les chercheurs internationaux s’accordent à dire que le virus de Wuhan est plus contagieux mais moins mortel que son ancêtre du Sras : en termes savants son indice de contagiosité semble être inversement proportionnel à son indice de létalité ( 3 % contre 10 % ). Presque 30 000 personnes contaminées et presque 500 morts en Chine à ce jour.
Le rapport de l’Institut des études internationales de Shanghai (SIIS), envisage trois scénarios pour évaluer l’impact du virus sur l’économie chinoise. Impact critique : le virus va faire durablement chuter les bourses chinoises, faire s’effondrer le cours du pétrole, assécher la manne commerciale du tourisme chinois ( chaque jour une perte sèche de 17 milliards de yuans selon la Fédération nationale du tourisme ) ralentir la croissance nationale en la faisant dévisser de un ou deux points ce qui la ferait tomber à 5 ou 4 % fin 2020. 
Impact gérable : le démon, comme le surnomme le président chinois, n’affectera la croissance nationale qu’au premier semestre car il sera très vite maîtrisé par la découverte du vaccin et business as usual reprendra son cours après sa purge de début d’année. 
Impact incertain : sachant qu’il est très hasardeux de tirer des leçons de l’histoire, conjoncturistes et prospectivistes, hésitant entre optimisme et pessimisme, préfèrent s’accorder sur la résilience de la Chine, rappelant que la taille économique du pays serait, avec ses 99 0000 milliards de yuans, 9 fois supérieure à celle de 2003 en pleine épidémie du Sras avec ses 11 700 milliards de yuans. A cette époque la Chine pesait  5 % de l’économie mondiale contre 18 % aujourd’hui. Les plus pessimistes spéculent au contraire, avec l’économiste Huang Yiping, sur 20 millions de chômeurs en plus dans l’hypothèse où l’épidémie contraindrait le très exposé secteur des services, employant aujourd’hui 360 millions de personnes, à licencier 5 % de ses effectifs, impactant ainsi directement le 14 ème Plan quinquennal qui commencera en 2021.
Mais les marchés se moquent des spéculations. Deux preuves cruelles de la résilience de l’économie chinoise ? Le commerce électronique et les jeux en ligne qui profitent de la mise en quarantaine de presque 60 millions de personnes pour développer encore leur hégémonie sur les transactions et l’industrie du divertissement. 

 

 

 

 

 

 

22 Janvier 2020

Tout fout le camp même le vin ?

Dans trois ans le marché du vin français sera dépassé par le marché chinois. Selon les récentes estimations de Vinexpo / IWSR ce dernier devrait alors représenter 18 milliards $ contre 16 pour la France.
Lot de consolation : nous garderons sans doute notre titre de premier pays consommateur ! Les vins importés en Chine ont l’an dernier représenté 3 milliards de yuans soit presque 50 % du total des importations chinoises de boissons alcoolisées et de spiritueux selon l’Administration générale des douanes chinoises. Et selon le Ministère du commerce chinois le pays serait devenu le 5 ème plus gros consommateur de vins dans le monde avec 18 millions d’hectolitres bus. En 2014 la Chine ne figurait même pas dans le top 50 des plus gros pays consommateurs de vin du monde. A cette date la France trônait en leader incontesté avec ses 44 litres de vin par an et par habitant, loin devant le Portugal avec ses 40 litres, l’Italie et ses 37 litres, l’Australie et ses 24 litres, l’Argentine et ses 23 litres, le Royaume-Uni et ses 22 litres, les Américains et leurs 10 litres, les Russes et leurs dérisoires 9 litres.  
En 2025 la Chine devrait faire partie du club mondial des grandes puissances spatiales : deviendra-t-elle aussi une grande puissance de la profonde bouteille ? Il est hélas plus facile pour elle de construire des satellites, des fusées Longue Marche, des stations spatiales Tiangong et des robots lunaires que de changer la nature de ses sols et de son climat pour produire de bons vins. « Dieu avait fait le sommeil, l’Homme ajouta le vin, fils sacré du Soleil » notait Baudelaire en grand buveur. Les fils du ciel ne sont pas encore les rois du fils sacré du Soleil.

 

 

 

 

 

 

15 Janvier 2020

Combien de stars de Las Vegas seront encore là dans 5 ans ?

Byton est l’une des stars chinoises du Consumer Electronics Show de Las Vegas qui a compté cette année un quart de sociétés chinoises sur les 4500 entreprises invitées. Créée il y a deux à Nanjing, financée par Tencent, l’entreprise a recruté ses meilleurs talents chez BMW, Tesla et Faraday Future. Elle vient de présenter son M-Byte, un SUV électrique équipé du plus grand écran embarqué du monde ( 48 pouces ). Ce n’est plus une voiture, c’est « your platform for life » comme le précise son positionnement publicitaire. Un brand store à Milan, des bureaux d’étude à Munich et à Santa Clara en Californie, Byton est le prototype de l’entreprise disruptive, visionnaire, cool à l’image de son président allemand Daniel Kirchert qui déclare sereinement dans les bureaux arborés du siège de Nanjing vouloir changer le monde en faisant travailler ensemble les meilleurs ingénieurs et les meilleurs designers du monde entre la Chine, la Silicon Valley et l’Allemagne.  
25,77 millions de voitures vendues en Chine l’an dernier ( - 8,2 % par rapport à l’année précédente ), un premier prix pour le M-Byte à 45 000 euros, la guerre pour la suprématie électrique sur le marché automobile sera redoutable. 

 

 

 

 

 

 

8 Janvier 2020

Quel est le prix de la modernité ?

Le dernier village chinois est tombé : il n’y a plus d’irréductibles paysans dans le pays. Abuluoha, village du Sichuan ainsi nommé dans la langue Yi, une langue tibéto-birmane qui est celle du sixième groupe ethnique ( environ 8 millions d’individus ) de la Chine qui en compte 56, est entré dans l’économie-monde. L’ultime exception était perdue au fond d’une vallée sur la rivière Jinsha, si cernée de montagnes qu’il fallait sept heures de marche aux villageois pour se rendre au siège du comté de Butuo dans la préfecture de Liangshan, l’une des régions les plus pauvres du pays. La route relie désormais les Yi au grand large et le maire du village prévoit déjà de transformer Abuluoha en campement de base pour l’éco-tourisme régional avant d’en faire la plaque tournante de l’exportation mondiale des deux spécialités locales, le poivron sans pépins et le konjac, plante tropicale recommandée par tous les nutritionnistes du monde pour ses vertus détox et minceur et son rôle de stabilisateur de la glycémie et du taux de cholestérol.  
La Chine ouvre donc 2020 avec 30 000 km de voies ferrées pour trains à grande vitesse, soit deux tiers du réseau mondial et 140 000 km d’autoroutes, soit le premier réseau du monde. Et Abuluoha en symbole de la modernité conquérante. 
Sachant que sur Douyin, l’application mobile de partage de vidéos créée il y a quatre ans par ByteDance, environ 200 millions de vidéos courtes à valeur ajoutée pédagogique ou scientifique ont été produites l’an dernier, on peut faire le compte suivant : TGV + autoroute + Douyin + capitalisme d’Etat = socialisme à la chinoise. Il y a exactement 100 ans Lénine ne disait-il pas que le socialisme c’était les Soviets plus l’électricité ?

 

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