P

saisir l’essentiel par le léger décalage de la réflexion d’un économiste, historien, auteur, chercheur, investisseur ou décideur.

ensée

-

« Hier même les entrepreneurs sans éducation pouvaient réussir mais aujourd’hui la Chine est entrée dans l'ère du capitalisme intellectuel. La part de la classe d’âge de plus de 18 ans qui entre chaque année à l'université est de 70 %. Toutefois la population rurale est encore défavorisée et 90 % des étudiants des lycées techniques et professionnels sont des enfants de la campagne qui seront bloqués dans des emplois à faible revenu toute leur vie, sans ascension sociale possible. Le verrouillage des classes sociales se fait par l’enseignement secondaire en lycée professionnel. Ce fossé dans l’éducation est un vrai problème pour la prospérité commune car tous les emplois à faible revenu et faible valeur ajoutée seront bientôt remplacés par l’IA et l’automatisation. Pour faire partie de la société chinoise il faudra avoir au moins un niveau d'études secondaires ou universitaires »

Yao Yang, doyen de l’Ecole du développement national à l’Université de Pékin et directeur du Centre de recherche économique sur la Chine. 

 

 

-

« En 2050 la part des USA et de l’Europe dans la production économique mondiale devrait tomber à 35 % et celle des pays asiatiques monter à 50 %. Comme les pays asiatiques n’ont pas avec la Chine, malgré de nombreux points de friction, la position conflictuelle de la guerre de civilisation Orient-Occident, l'essor de l’Asie profitera à la Chine et l'aidera à remodeler l'ordre mondial » 

Wang Mingyuan, chercheur à l’Association de recherche sur le développement et l’ouverture de Pékin.

 

 

 

-

« De 2017 à 2019 Oppo a vendu 100 millions de smartphones par an sur le marché domestique. Pour le premier trimestre 2022 notre marque est devenue leader de sa catégorie sur le marché chinois devant Honor et Vivo, avec13,7 millions d’unités vendues, reléguant Apple à la 4 ème place. Sur le marché mondial elle est la quatrième la plus vendue. Les consommateurs ne savent jamais exactement ce qu’ils veulent mais ils sont sûrs de ce qu’ils ne veulent pas. Ce serait mentir que de prétendre savoir ce que les gens voudront dans 10 ans. Je sais simplement ce qu’il ne faut pas être et ce qu’il ne faut pas faire » 

 Chen Mingyong, fondateur d’Oppo à Dongguan en 2004. 

 

 

 

 

-

« Si notre pays assure une croissance de 6 % de 2021 à 2035 et de 4 % par an jusqu’en 2050, le PIB par habitant de la Chine ( aujourd’hui 10 000 $ ) atteindra alors la moitié de celui des Etats-Unis et notre économie sera le double de la leur. C’est alors l’Amérique qui aura bien plus à gagner, pour ses emplois, sa recherche et son propre développement, de l’économie chinoise que l’inverse car notre croissance économique contribuera à hauteur de 30 % chaque année à celle du monde. Nous serons alors débarrassés de cette guerre sino-américaine pour le leadership et nous entrerons enfin dans un nouveau modèle mondial stable »

Justin Yifu Lin, directeur de l’Institut sur la nouvelle économie structurelle à l’Université de Pékin, ex économiste en chef de la Banque mondiale.

 

 

 

-

« Dans la prochaine décennie la population chinoise de moins de 35 ans va diminuer d’environ 65 millions ( soit presque la population du Royaume-Uni ) et celle des plus de 55 ans augmentera parallèlement de 125 millions ( soit presque la population du Japon ). Le pouvoir d’achat des jeunes va diminuer, celui des vieux augmenter, entraînant un changement radical de la structure des investissements »

Xing Ziqiang, directeur général de Morgan Stanley China.

 

 

 

 

 

-

« La guerre sino-américaine a un avantage : elle forcera la Chine à accélérer ses réformes structurelles. Il faut désormais s’attaquer au statut des entreprises d’Etat, à la réforme foncière rurale et à l’ouverture du marché de l’éducation, des soins médicaux et des retraites au capital privé. Ce nouveau cycle de réformes sera difficile, de nombreux groupes d’intérêts s’y opposeront mais il est  vital » 

Zhang Ming, chercheur à l’Institut d’économie et de politique mondiale de l’Académie chinoise des sciences sociales, et ex économiste en chef de Ping An Securities.

 

 

 

 

 

 

-

« L’Occident n’a jamais réussi à s’imposer dans le monde par son modèle idéologique. Donald Trump en a tiré la leçon et invente un nouvel ordre mondial qui remplace la guerre idéologique par la guerre des intérêts. Il abuse les Américains en leur faisant croire que résoudre le problème du déficit commercial sino-américain résoudra comme par magie tous les problèmes de leur pays »

Zheng Yongnian, directeur de l’Institut de l’Asie de l’Est à l’Université nationale de Singapour.

 

 

 

-

« 400 millions de Chinois font partie de la population à revenu intermédiaire. Parmi eux, l’estimation la plus haute de la classe moyenne s’établit à 280 millions de personnes, ce qui veut dire qu’il reste presque 1 milliard de personnes à revenu faible. Or les marchés d’avenir demandent une population avec un certain niveau de revenu : c’est le goulot d’étranglement auquel les investissements et la consommation risquent de se trouver bientôt confrontés »

Li Tie, économiste en chef de China City and Small Town Reform and Development Center.

 

 

 

 

 

 

-

« L’ Occident est ce qu’il est : imparfait et à parfaire. Il n’est pas à détruire. Ceux qui en rêvent sont ceux qui n’ont pas su avoir de rêve meilleur que la barbarie de revanche » 

Kamel Daoud, écrivain algérien.

 

 

 

-

« La Chine rattrape technologiquement et économiquement l’Amérique et pendant ce temps l’Inde rattrape la Chine : à force de regarder le leader on oublie de regarder derrière soi, c’est une grave erreur. Les Chinois ne sont pas psychologiquement préparés à la montée en puissance de l’Inde, ils la comprennent mal et voient encore l’Inde imaginaire sans mesurer sa puissance réelle »

Zheng Yongnian, directeur de l’Institut de l’Asie de l’Est à l’Université nationale de Singapour.

 

 

 

-

« Historiquement la Chine s’est pensée comme le centre du monde. Au XIX ème nous pensions que l’Occident était le centre, dans les années 60 nous avons cru être le centre de la révolution mondiale, dans les années 90 nous avons fantasmé l’Amérique comme le nouveau centre du monde. La crise de 2008 est le résultat d’une pensée monocentrique. Nous voulons contester l’hégémonie américaine mais vouloir la remplacer serait catastrophique car toute pensée du centre est un piège fatal » 

Xiang Biao, chercheur en anthropologie à Oxford.

 

 

 

-

« La pandémie a réintroduit dans l’histoire la souffrance, le destin, la tragédie, trois concepts systématiquement occultés par la modernité positiviste. En nous confrontant à nouveau à la puissance du négatif, le virus rééquilibre nos sociétés amnésiques en nous rappelant qu‘il n’y a pas de civilisation sans expérience de la souffrance et du tragique » 

Zhao Tingyang, chercheur à l’Institut de philosophie de l’Académie chinoise des sciences sociales, auteur notamment de Tianxia, tout sous un même ciel traduit par Jean-Paul Tchang aux éditions du Cerf.

 

 

 

 

 

 

-

« Un virus est un parasite qui se réplique aux dépens de son hôte, parfois jusqu'à le tuer. C’est ce que le capitalisme fait avec la Terre depuis les débuts de la révolution industrielle ».

Philippe Descola, anthropologue, titulaire de la chaire d’anthropologie de la nature au Collège de France.

 

 

 

-

« La pandémie a eu au moins un mérite : elle a permis à la Chine et l’Amérique de mieux de comprendre. La seconde a compris la force de mobilisation de la Chine, sa puissance logistique et technologique. La première a intégré l’efficacité du cercle vertueux américain capital / recherche dans les vaccins et les dispositifs médicaux spécifiques. Le redémarrage de l’économie mondiale dépendra de l’intelligence partagée entre ces deux puissances ».

Zhang Anyuan, économiste en chef de CITIC Securities.

 

 

 

-

« Le RMB ne figure pas dans les accords de swap de devises signés récemment par 9 grandes banques centrales et la pandémie a renforcé la demande du dollar. Par ailleurs, Libra, la nouvelle monnaie numérique de Facebook, est indexée sur le dollar, l’euro, le yen, la livre sterling et le dollar singapourien mais le RMB ne fait pas partie du panier de devises : il y a un accord international tacite pour désiniser la finance » 

Li Yang, président du Laboratoire national des finances et du développement, membre de l’Académie chinoise des sciences sociales.

 

 

 

 

 

 

-

« L’oubli est à double tranchant : il allège nos douleurs et nos souffrances mais c’est aussi à cause de lui que nous répétons souvent les erreurs de ceux qui nous ont précédés ».

Lu Xun, l’un des fondateurs de la littérature chinoise contemporaine, mort en 1936.

 

 

 

-

« L‘expression réalité virtuelle est dépassée. La réalité est devenue virtuelle et la virtualité est une partie de la réalité. La frontière entre le monde physique et le monde virtuel est plus floue que jamais. Dans le monde qui émerge la distinction entre les besoins matériels et les besoins spirituels s’estompera ».

Huang Zheng, fondateur de Pinduoduo, dans sa lettre du 25 avril à ses actionnaires.

 

 

 

-

« Le prochain boom industriel dépend de l’infrastructure numérique, services cloud, 5G, IoT : 180 milliards par an seront investis par la Chine dans cette nouvelle chaîne de valeur industrielle. Ajoutez-y les 34 millions d’étudiants chinois hautement diplômés sortis des meilleures universités dans les 5 dernières années et vous comprendrez pourquoi la recherche et le développement de nombreuses entreprises européennes ou américaines comme ABB, GE, Siemens, vont renforcer leur intégration en Chine ».

Xing Ziqiang, chef économiste de Morgan Stanley China.

 

 

-

« Le PIB chinois vaut pour 16 % du PIB mondial mais sur le marché international des paiements notre monnaie représente à peine 1,9 % des transactions alors que le dollar pèse pour 60 %. La désinisation de l’économie mondiale sera facilitée par la très faible dépendance mondiale à l’égard du renmimbi à laquelle s’ajoute l’augmentation des coûts de fabrication en Chine : ces derniers qui représentaient 31,90 % des coûts de fabrication de l’industrie manufacturière américaine en 2003 en représentaient 79,08% en 2012 et 90,56 % en 2017 »

Li Xunlei, chef éconnomiste de Zhongtai Securities.

 

 

 

-

« Face à toute crise de très grande ampleur, les décideurs sont toujours confrontés à trois risques majeurs : le populisme, le nationalisme et la politisation des choix économiques. Il faut avoir le courage de résister à l’opinion publique et dépasser les contraintes idéologiques qui deviennent hélas, en temps de crise, la norme du comportement universel »

Liu He, vice-premier ministre du Conseil d’Etat, dans Etude comparative de deux crises mondiales.

 

 

 

-

« Comment demander aux Africains pauvres de choisir entre mourir de faim en se confinant ou prendre le risque de mourir du coronavirus en sortant pour gagner leur pain ? »

Denis Mukwege, gynécologue, pasteur, fondateur de l’hôpital de Panzi à Bukavu en République démocratique du Congo, prix Nobel de la paix 2018.