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Trois leçons pour l’Occident de la révolte hong-kongaise

Par David BAVEREZ

Neuf mois après le début des manifestations, le mouvement prodémocratie semble se dissiper. On peut en tirer trois constats principaux, riches d’enseignements.

 

La messe révolutionnaire semble dite : Hong Kong s’apprête à abandonner ses espoirs de liberté politique avec trente ans d’avance, afin de préserver sa liberté économique. Compromission inacceptable aux yeux de l’Occident, mais compromis pragmatique au regard asiatique, qui voit comme modèle sociétal à suivre celui du Singapour de Lee Kuan Yew, plutôt que de nos démocraties occidentales. 

 

Avec le bénéfice du recul, trois principaux enseignements en ressortent pour nos gouvernements occidentaux.

 

D’abord, la véritable origine de cette révolte est de nature bien plus économique que politique. Mais si  Versailles, Tian’anmen ou le Printemps arabe avaient tous été déclenchés par l’inflation alimentaire, Hong Kong est la première victime de la nouvelle hyper-inflation immobilière, fléau collatéral de l’assouplissement monétaire de la dernière décennie, privant effectivement la jeunesse de son droit au logement.  

 

La seconde observation tient à la surprenante coupure du gouvernement hong-kongais de la réalité sociale.L’administration de Carrie Lam aura dramatiquement sous-estimé le rejet par la population locale du « Mainland », perçu comme directement responsable de la crise immobilière. C’est tout autant le fait de la restriction de l’offre, cartellisée par la dizaine de « tycoons » perçus comme de mèche avec Pékin, que de l’accroissement de la demande, provenant de l’afflux du million de chinois continentaux depuis 1997, à rapporter à une population totale de 7 millions. D’où cette courroie de transmission du problème économique à la révolte politique, qui aura mis le feu aux poudres.

 

Il appartient aux gouvernements de lutter contre l’hyper-inflation immobilière de l’ère des taux zéro, à la fois par une politique agressive de logements sociaux et par la refonte fondamentale de la mobilité urbaine

 

 

 

Révolution technologique. Enfin, le troisième enseignement vient de la surprenante absence de « leadership » du côté des révoltés, qui est aussi le fruit de la révolution technologique. Si les réseaux sociaux ont, certes, l’avantage de pouvoir mobiliser toute une population en quelques jours, ils ne sauraient en revanche faire émerger un « Che » ou un Fidel Castro, condamnant ainsi tout mouvement populaire à l’échec dans la durée… pour le plus grand bonheur de Pékin. 

 

Pour éviter que la démocratie ne subisse d’autres défaites, à l’avenir, face à la montée des pouvoirs forts, trois nécessités s’imposent à nos civilisations. Il appartient tout d’abord aux gouvernements de  lutter contre l’hyper-inflation immobilière de l’ère des taux zéro, à la fois par une politique agressive de logements sociaux et par la refonte fondamentale de la mobilité urbaine. Aux entreprises privées, il revient d’assumer les nouvelles responsabilités sociétales qui leur incombent, d’autant plus que les talents et les moyens financiers ont définitivement déserté la sphère publique pour le secteur privé. Enfin, c’est à chacun d’entre nous, citoyens, de se souvenir, qu’à l’aube de la décennie de la révolution de l’intelligence artificielle, l’incroyable effet de levier du pouvoir digital ne transformera jamais nos sociétés s’il n’est pas piloté par un leadership humain visionnaire.

Chronique de David Baverez, reproduite avec l’aimable autorisation de L’Opinion, publiée le 31 décembre 2019.

Consultez la version en ligne : https://www.lopinion.fr/edition/international/trois-lecons-l-occident-revolte-hong-kongaise-chronique-david-baverez-206723

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