Un récit court et documenté pour éclairer une mutation technologique, scientifique, industrielle, commerciale, sociale ou artistique venant de Chine.

Su Dongpo et la vie à grande vitesse


76 % des jeunes Chinois entre 18 et 35 ans déclarent vivre en accéléré. Vivre à grande vitesse mais pas à grand train. « Je n’ai jamais le temps de me vider l’esprit »témoigne l’une des intéressées. Xu Guangxing, professeur de psychologie attribue cette accélération, vécue ou ressentie, de la vie à la soif de succès et à la confiance en soi de la jeunesse chinoise. Son enthousiasme est modéré par le fait que plus de 80% des sondés de l’étude publiée par China Youth Daily reconnaissent ne pas atteindre le niveau de satisfaction qu’ils espéraient. Vivre vite donc mais frustré ? Vivre vite, vivre vide ? L’étude n’extrapole pas. Faisons le. Le problème est moins de ne pas avoir le temps de se vider l’esprit comme le dit la jeune sondée que de ne pas avoir la bonne ressource pour le vider efficacement. Pour se vider l’esprit il y a le sommeil, le maître des vertus comme l’appelait Nietzsche. Il y a aussi Su Dongpo. Le sommeil reconstitue, Su Dongpo restructure. Deux façons vitales de se vider l’esprit pour mieux le ressourcer. 

Poète, peintre, magistrat, vice-gouverneur de province, préfet, fonctionnaire brillant et conservateur, l’homme connut les grâces et les disgrâces des empereurs de la dynastie des Song du Nord. Tour à tour, selon les caprices du pouvoir et des clans conservateurs ou réformistes, exilé, éloigné ou banni puis à nouveau conseiller du prince, méditant à la fois sur l’inspiration taoïste d’un poème de Tao Yuanming et sur la meilleure façon d’acheminer l’eau à Canton.Il meurt à Changzhou dans le Jiangsu en 1101, trente ans avant la naissance de notre Chrétien de Troyes. Sa concubine s’appelait Nuage d’aube. Toute sa vie il parla avec la même diligence et la même bienveillance aux moines, aux courtisanes, aux lettrés, aux peintres, aux réformateurs, aux conservateurs, aux paysans, à ses supérieurs, à ses subalternes sans jamais penser qu‘une personne pouvait être subalterne ou supérieure à une autre. Il disserta sur des sujets d’actualité politique ou administrative, écrivit des chansons et de nombreuses commémorations, genre littéraire qui se distingue des mémoires en ce que l’auteur prend la liberté d’interpréter les événements dont il est témoin ou acteur.  L’ermite de la Pente de l’Est, tel est son nom de scène, fréquenta les temples taoïstes ou bouddhistes autant que la cour des empereurs. Son occupation préférée ? Peindre ceux qu’il appelait les trois amis de l’hiver, le pin, le bambou, le prunier, le pin qui dit la force et la longévité, le prunier le courage de refleurir malgré les rigueurs de l’hiver, le bambou la souplesse ferme ou la fermeté souple qui sont toute l’élégance de l’esprit. S’enivrer au cours de longues joutes poétiques avec ses amis, écrire le poème le plus spontané, peindre le rocher le plus étrange, quoi d’autre ?   Ce qui compte chez l’artiste, c’est son élan intérieur, la spontanéité, vertu cardinale chez ce poète presque bergsonien, de ce Bergson qui note « nous sommes libres quand nos actes émanent de notre personnalité tut entière ». En lui vivaient les collines et les ravins disait l’un de ses contemporains. Comme le sage qui n’a pas d’idée, pas de position, pas d’identité, il abrita le monde entier. Nos pensées ne doivent pas se disperser dans les choses, pas  plus que rester prisonnières de notre esprit. L’inattention et l’indifférence sont pires que la mort. L’extrême sollicitation mentale est aussi dangereuse que la réclusion spirituelle. Su Dongpo a identifié par anticipation deux maux de la jeunesse chinoise ( et mondiale ).

Quelques ressources laissées par l’homme universel il y a presque mille ans ? « La vie de l’homme : l’empreinte d’une oie sauvage sur la neige. Envolé, l’oiseau est déjà loin ». Ou encore « L’aube reviendra, la pluie passera. Où trouver les traces laissées par vos pas ? ». A la fin de l’une de ses Commémorations traduites par Stéphane Feuillas, racontant la visite d’un temple, il note « je retournais l’étoffe et la doublure des choses, tout était aboli, plus rien ne me retenait. Ce fut une joie secrète qui dura cinq années ». Combien des 76 % des sondés lisent encore Su Dongpo ?

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