Un récit court et documenté pour éclairer une mutation technologique, scientifique, industrielle, commerciale, sociale ou artistique venant de Chine.

Le syndrome Diamond-Princess


Le Diamond-Princess ferait un film catastrophe idéal. Quelque part entre La Chose de John Carpenter et Contagion de Steven Soderbergh. Le navire de croisière y serait le double diabolique de l’Arche de Noé qui, au lieu de repeupler le monde après le Déluge, nous donnerait le spectacle final du huis clos apocalyptique de l’humanité.  A son bord un passager de Hongkong embarqué au Japon le 20 janvier, débarqué cinq jours plus tard dans son île d’origine sans être passé par l’infirmerie du paquebot alors qu’il toussait et diagnostiqué positif une semaine après dans un hôpital de HK. Nul ne sait combien de personnes le débarqué a pu contaminer. On en compte à ce jour environ 400 sur un peu plus de 1200 dépistées. Mais demain ? Imaginons maintenant que le virus ait un temps d’incubation beaucoup plus court que le Covid-19 de Wuhan, disons 24 heures, et qu’il soit systématiquement mortel en moins de trois jours. La quarantaine deviendrait inefficace. L’angoisse des passagers serait invivable, tellement invivable qu’elle se transformerait en pulsion criminelle ou suicidaire. L’enchaînement des faits serait le même que dans la vie à bord du navire immobilisé à Yokohama mais les conséquences seraient bien plus inhumaines. Le Diamond-Princess deviendrait le Queen of Hell.   Au début une négligence ( débarquer un passager sans l’avoir dépisté ) puis la négligence crée la suspicion, la suspicion génère la paranoïa, la paranoïa entraîne le chaos, le chaos la violence, la violence est à l’origine d’un grand massacre : tous les passagers finissent par s’entretuer, les pays respectifs des passagers décident alors d’un commun accord de bombarder le bateau pour mettre fin à la sauvagerie à bord, abrégeant ainsi les souffrances des condamnés et se protégeant de toute contamination par rapatriement de leurs ressortissants. Logique comptable oblige : mieux vaut sacrifier un petit lot de 3700 personnes que prendre le risque de multiplier les foyers de contamination létale en rapatriant ses compatriotes. Apothéose de l’hystérie collective et des décisions absurdes qui ont souvent été la marque distinctive des pandémies. La fin du film catastrophe ? Les Terriens, libérés de l’angoisse par le grand sacrifice, croyant être sauvés, attendent confiants qu’un nouveau jour se lève. Mais à l’aube des nuées de chauve-souris et des légions de pangolins fondent simultanément sur toutes les grandes villes du monde.  De nombreux historiens ont analysé, depuis Thucydide et la peste d’Athènes au V ème siècle avant J.C, le grand dérèglement social et humain souvent généré par les épidémies : on cherche des boucs émissaires, on doute de son voisin comme de la capacité du pouvoir à protéger ses citoyens ou ses sujets, la solidarité, la bienveillance et la compassion sont balayées par l’égoïsme et la délation, on profite de ses privilèges sociaux ou financiers pour accéder en priorité aux meilleurs soins, on ferme les frontières, on mure des villes entières, on désigne des innocents à la vindicte populaire, on traque et chasse les individus à risque, on purge le personnel politique décrété incompétent pour maintenir chez les gouvernés les apparences d’une juste et efficace gouvernance. Plus l’épidémie est longue ou plus sa vitesse de contagion augmente, plus le désordre social grandit. Tout virus fait peur et toute peur a sa part irrationnelle : la peur du coronavirus a ceci de particulier qu’elle est exacerbée par la peur qu’inspire la Chine. Ce que rappelait judicieusement la médecin et philosophe, Anne-Marie Moulin, directrice de recherche au CNRS : « de par sa taille, sa démographie, sa puissance économique, son régime autoritaire, la Chine fait peur : c’est cela aussi qui fait la popularité du coronavirus ».  Les scénarios catastrophe servent à rappeler ce dont les hommes sont capables quand ils sont confrontés au pire. Souvent du pire précisément. Au moins le pire nous aide-t-il à nous re-concentrer sur ce que notre humanité peut produire d’admirable. Le Diamond-Princess ne deviendra pas le Queen of Hell.     La quarantaine du paquebot est officiellement terminée, les passagers américains ont déjà été évacués par des Boeing militaires, les gouvernements coréens, taïwanais, canadiens se sont alignés sur l’exemple américain pour évacuer leurs ressortissants. Les cas de contamination semblent se stabiliser en Chine même s’ils continuent à se développer dans les autres pays du monde, les trains de fret partant de Dongguan dans le Guangdong à destination de l’Europe circulent à nouveau, un médicament antiviral vient de voir sa commercialisation approuvée dans la province du Zhejiang, il est probable qu’un vaccin sera bientôt découvert. Certains analystes ont rappelé que la crise sanitaire avait permis de révéler la matrice totalitaire du régime chinois. D’autres y voient simplement les risques de la mondialisation. Puissent ces révélations ( qui n’en sont pas vraiment ) accélérer concrètement l’ouverture, la transparence, la réforme que Pékin appelle de ses voeux sur tous les podiums mondiaux. La Chine sera-t-elle le premier pays du monde à faire mentir la morale de La Fontaine qui clôt Les animaux malades de la peste « selon que vous serez puissant ou misérable les jugements de cour vous rendront noir ou blanc »?

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