Un récit court et documenté pour éclairer une mutation technologique, scientifique, industrielle, commerciale, sociale ou artistique venant de Chine.

Le rat, Bouddha et La Fontaine


Bouddha aimait le rat, au moins autant que ses onze autres compagnons qui furent les seuls animaux de la création, selon une légende, à daigner lui rendre visite ou au moins à arriver les premiers à l’approche de sa mort. Ce qui leur valut en signe de reconnaissance de se voir attribuer chacun une des douze phases du Zodiaque chinois.  Rat de feu, rat de bois, rat de terre ou rat d’eau, les rats dans l’astrologie chinoise ont la même ambivalence en partage. L’animal est curieux mais fantasque, sociable mais manipulateur, adaptable mais funambule, éloquent mais opportuniste, imaginatif mais imprévisible, bon financier mais matérialiste, inventif mais amoral, charmant mais calculateur, séducteur mais profiteur, généreux mais narcissique, impulsif mais peu courageux.  Eminem, Gérard Depardieu, Jean Dujardin, Julie Gayet, Vanessa Paradis sont rats, ainsi faits par leur simple année de naissance.  Chez nous le rat a moins de chance, il est plutôt le pestiféré, le répugnant, le scélérat. Un rat de bibliothèque et un rat de laboratoire ont beau être très utiles à la science et à la culture ils sont aussi peu considérés qu’un rat d’égout. La Fontaine, contrairement à Bouddha, a peu travaillé à glorifier son image. On retrouve pourtant chez le fabuliste de nombreux traits de caractère que l’astrologie chinoise, plus flatteuse, prête au rongeur.  Le rat est présomptueux, ignorant et avide dans Le rat et l’huître quand il croit un peu vite que l’huître bien grasse qui baille au soleil sera son festin alors que c’est elle qui referme sur lui son écaille, lui valant la morale « tel est pris qui croyait prendre ». Il joue au vaniteux et au fanfaron dans La ligue des rats quand il pactise avec ses congénères qui n’ont de courage que le mot et font « sans pousser plus loin leur prétendu fracas une retraite fortunée » dès que la souris qui les appelait au secours et à qui ils avaient tous juré de l’aide se trouve déjà dans la gueule du chat.  Il est cupide et imprudent dans La grenouille et le rat quand, alléché par la perspective d’une orgie, il se laisse inviter par la grenouille qui l’attache à sa patte pour l’aider à traverser la rivière, entreprise qui leur sera fatale car un milan qui passait par là les dévore tous les deux joyeusement. Il est pompeux et orgueilleux dans Le combat des rats et des belettes quand les seigneurs de son armée tout empanachés de cornes et d’aigrettes pour impressionner les belettes ne peuvent se précipiter dans le premier petit trou après leur cuisante défaite, empêchés qu’ils sont par leur ridicule accoutrement. On le retrouve bavard et lâche dans le Conseil tenu par les rats quand leur doyen décide d’attacher un grelot au cou du chat pour réduire le nombre des victimes de son peuple mais qu’il ne trouve personne dans sa communauté délibérative pour exécuter son stérile projet. Il devient égoïste, hypocrite et paresseux dans Le rat qui s’est retiré du monde, vivant caché dans un fromage de Hollande et se faisant passer pour un ermite et un saint alors qu’il ne donne aucune obole à ses compatriotes sur le chemin de la guerre.  Il se montre lucide et rusé dans Le chat et le rat, ne croyant pas à la promesse d’alliance que lui fait le chat tombé dans le piège d’un chasseur en échange de sa libération, le pauvre chat s’engageant même, espérant vivre plus confortablement, à dévorer la belette et le hibou qui cohabitent avec eux dans le trou pourri d’un vieux pin. « Aucun traité peut-il forcer un chat à la reconnaissance ? S’assure-t-on sur l’alliance qu’a faite la nécessité? » s’interroge à la fin de la fable le rat stratège.   Rusé et prudent aussi dans Le chat et un vieux rat quand, contrairement au petit peuple servile des souris, il n’est pas dupe du chat qui fait le mort pour mieux les dévorer car lui au moins sait que « la méfiance est mère de la sûreté ». Mais la gloire du rat chez La Fontaine est moins d’échapper au chat, de se moquer de l’éléphant, de combattre les belettes, de mépriser les souris, peuple trotte-menu inférieur au bourgeois ronge-maille, que d’être supérieur au lion et à son double mondain le rat des villes. Sa simplicité le sauve quand dédaignant les tapis de Turquie et les ortolans, il préfère la sécurité de son trou misérable au faste troublé des palais. Sa loyauté l’honore quand, la maille rongée ayant emporté tout l’ouvrage, il rappelle au lion libéré que patience et longueur de temps font plus que force ni que rage. Sa loyauté vraiment ? Plutôt le sens de ce que Pékin appelle aujourd’hui un partenariat win-win. La guerre des belettes et des rats est aujourd'hui celle qui oppose Donald Trump et Xi Jinping. Qui du côté des rats, qui du côté des belettes ? Regardez surtout à quel point ces deux armées se ressemblent. Et quand, d’une fable à l’autre, le rat dit « la méfiance est mère de la sûreté » est-ce l’Américain ou le Chinois que l’on entend ? Tel est pris qui croyait prendre : pour quel protagoniste vaut la morale ? Demeurent les deux questions les plus brillantes : aucun traité peut-il forcer un chat à la reconnaissance ? S’assure-t-on sur l’alliance qu’a faite la nécessité ? Voyez comment elles s’appliquent idéalement à la trêve économique précaire signée le 15 janvier  entre Pékin et Washington. Le dernier mot ? Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage. Objectivement celui-là revient à la Chine.

- ST21 -

31 Avenue de Ségur 75007 Paris France

01 74 64 79 37

contact@sinocle.info

Mentions Légales / Crédits 

本网站部分图片来自网络,请图片版权拥有者与我们联系。 

©SINOCLE  Tous droits réservés 2020

  • 白色的Twitter圖標
  • 白色的Facebook圖標
  • 白LinkedIn圖標
  • 白色的Instagram圖標