Un récit court et documenté pour éclairer une mutation technologique, scientifique, industrielle, commerciale, sociale ou artistique venant de Chine.

Le Prodigue du Palais du Nord

Au chapitre 20 du livre de Tchouang-tseu on trouve l’histoire suivante : un percepteur est chargé de collecter des fonds par son seigneur qui a décidé d’investir dans la production de cloches rituelles. L‘homme raconte ainsi sa mission accomplie brillamment en un temps record : « Tout à ma tâche je ne me suis risqué à aucun procédé particulier. C’est que j’ai un jour entendu dire « Toi que voilà sculpté et orné, fais retour à l’état de bois brut et indivis ». Candide et sans conscience, confus et dissolu, rassemblé dans l’hébétude, j’accompagnais ceux qui s’en allaient, allais à la rencontre des autres, sans retenir ni interdire, je me confrontais aux fortes têtes et aux impétueux, je sinuais avec les retors et les roublards, en me fondant sur les ressources de chacun. C’est ainsi que du matin au soir je fis ma collecte sans essuyer une seule rebuffade. Imaginez ce qu’il doit en être pour celui qui chemine sur la grande Voie ! ».

En une journée le percepteur lève une somme colossale.

Un exploit réalisé sans le secours de la rhétorique, de la séduction, de la menace, de la contrainte ou de la flatterie. Une performance accomplie presque sans y penser ou plus exactement en donnant l’impression qu’il ne pense pas qu’à cela. Et c’est là le secret du percepteur, le secret de l’intelligence de l’action taoïste. Ne pas concentrer toute son énergie sur la seule réalisation de son objectif, ne pas découper le déroulement de l’action en phases décisives ou critiques, choisir de laisser flotter sa volonté plutôt que de chercher absolument à la diriger en la contraignant par la répétition mentale de la motivation, de l’intention et du but de l’action.

La rationalité taoïste prend la rationalité instrumentale occidentale à rebours. Elle ne force pas la réalité avec un plan préétabli, elle ne cherche pas à faire correspondre le territoire avec la carte qui le préfigure, elle ne se rassure pas avec des plans et des projets mais épouse les reliefs du réel, elle ne calcule pas le temps qui relève de la réflexion et celui consacré à l’exécution.

Elle peut tour à tour et souvent en même temps être vigilante et distraite, précise et relâchée, transparente et opaque. Et s’avérer ainsi bien plus efficace que le volontarisme occidental qui, rabâchant que vouloir c’est pouvoir, se laisse souvent déborder par la part imprévisible, incalculable inhérente à toute action.

Et si tous les investisseurs du private equity qui écument le monde à la recherche de fonds s’inspiraient un peu plus du Prodigue du Palais du Nord ? Combien d’entrepreneurs iraient plus loin s’ils apprenaient à faire usage du vide, comme le dit le titre du joyeux essai de Romain Graziani, à l’écoute de Lao-tseu : « Qui se dresse sur la pointe des pieds ne peut longtemps tenir debout, qui marche par grandes enjambées n’ira pas jusqu’au bout, qui s’exhibe pour se faire admirer ne peut briller ni éclairer, qui se donne raison échoue à s’imposer, qui vante ses prouesses démérite aussitôt » ?


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