Un récit court et documenté pour éclairer une mutation technologique, scientifique, industrielle, commerciale, sociale ou artistique venant de Chine.

La valeur et la rareté


Avecleurs noms de consuls romains, scandium, iridium, vanadium, lithium, terbium, elles sont le nouvel or noir de l’ère numérique et électrique.  La zone économique de Xiongan dans la province du Hebei accouche d’un centre d’innovation uniquement consacré à la transformation des terres rares. Ce qui est rare, ce ne sont pas vraiment les terres mais de parvenir à donner de la valeur à toute la chaîne de production qui préside à l’exploitation technologique et industrielle de ces 17 pépites sans lesquelles écrans plats, portables, ordinateurs, éoliennes ou voitures électriques resteraient aussi muets et impuissants qu’une bougie. Donner de la valeur à ce qui est rare, c’est précisément l’objectif de Xiongan. Prenez des scientifiques, des académiciens, des chercheurs, regroupez les dans un centre d’innovation sous l’égide de six grandes sociétés industrielles publiques, injectez du capital, beaucoup de capital, liez des partenariats stratégiques avec toutes les industries dont les terres rares sont la matière première : vous avez l’ambition de la zone spéciale économique de Xiongan. Les deux grandes régions du pays pourvoyeuses de l’or noir de notre monde numérique et électrique sont la Mongolie intérieure et le Sichuan. Mais à quoi bon posséder des matières précieuses si on les exploite mal ? Les pays africains ne le savent que trop. Le projet Xiongan est emblématique de la nouvelle stratégie industrielle et économique chinoise : gagner bien plus que la guerre des terres rares, gagner la guerre mondiale de la création de valeur. L’objectif ? Gong Xiaofeng, responsable du gouvernement du Hebei le résume parfaitement « nous devons transformer un avantage naturel compétitif de la Chine, ses énormes réserves en terres rares,  en avantage industriel qui stimule la croissance économique et devienne un avantage stratégique national ». Voilà qui est dit.  De son côté Meng Wei, porte-parole de la Commission nationale de  la réforme et du développement s’oppose officiellement à toute tentation d’utiliser des produits fabriqués avec les ressources chinoises en terres rares pour freiner et limiter le développement du pays. A priori donc pas de restriction des terres rares comme mesure de rétorsion dans la guerre économique contre les Etats-Unis. La Chine sera toujours pour une approche ouverte, collaborative et partagée de l’industrie des terres rares, proclame urbi et orbi Meng Wei.  Le pays produit aujourd’hui 44 % de l’iridium consommé dans le monde, 55 % du vanadium, 65 % du graphite, 71 % du germanium, 77 % de l’antimoine, 84 % du tungstène.   Mais il ne savait pas encore donner toute sa valeur aux potentialités infinies de ces richesses. La Commission nationale du développement et de la réforme a donc décidé d’améliorer les conditions de leur production, de réprimer systématiquement leur contrebande, de tracer toutes les exportations pour garantir la qualité des produits. En un mot de créer un écosystème pour décupler la performance de la chaîne de création de valeur de l’industrie des terres rares. Fini le temps où la Chine vendait ces 17 pépites à prix cassés pour assécher les marchés californien, russe, canadien ou vietnamien. La tactique pour concentrer 90 % de la production alors que ses réserves représentent seulement 40 % des réserves mondiales a été redoutablement efficace. La bataille se gagnera désormais en aval, en concentrant les industries de haute technologie qui utilisent les terres rares et en décuplant leurs performances par la recherche. Brain, capital, business,savoir relier ces trois mots fait gagner toutes les guerres. Sans jamais être contraint de déclarer la guerre.

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