Un récit court et documenté pour éclairer une mutation technologique, scientifique, industrielle, commerciale, sociale ou artistique venant de Chine.

La Chine post-virus sera-t-elle différente ?



« La contradiction principale de la Chine est à ce jour entre la nécessité vitale, pour l’économie chinoise comme pour l’économie mondiale, de reprendre le travail et la nécessité encore plus vitale de circonscrire absolument la contagion ».  Mikko Huotari, directeur général de Merics, le think tank sur la Chine basé à Berlin, a raison de recourir à l’un des concepts centraux du maoïsme, la contradiction principale, pour dramatiser le cercle vicieux de la crise actuelle. Mais après la contradiction principale surgit la question principale : quelles leçons le pouvoir chinois va-t-il tirer de la crise ?  Au-delà de la nécessaire réforme du système de santé, au-delà du surinvestissement dans la prévention des risques sanitaires, dans l’épidémiologie, dans la modernisation des hôpitaux. Au-delà de la prolongation automatique des visas pour les étrangers travaillant sur le territoire chinois. Au-delà aussi de l’accélération déjà mille fois annoncée de la politique de réforme et d’ouverture visant à attirer toujours plus de sièges de multinationales ou de centres de recherche et de développement à capitaux étrangers en desserrant l’étau administratif et fiscal. Bref, au-delà de l’ordinaire.  Quelle sera l’onde de choc du virus ? Il est plus facile, plus rassurant aussi, de spéculer sur ses effets que sur ses conséquences. Ses effets chacun les connaît, et les commente en les relativisant ou en les dramatisant en fonction de ses positions et des ses intérêts : le décrochage des Bourses chinoises et mondiales, le début de la dé-mondialisation, le terrible trou d’air pour les compagnies aériennes internationales, l’effondrement du tourisme qui représente un emploi sur dix dans le monde et un peu plus de 10 % du PIB mondial, la menace de faillite pour les PME et les petites banques, le surinvestissement public pour maintenir à flot les marchés sinistrés, le déplacement du business au profit de l’Asie du Sud-Est, la quarantaine intellectuelle du pays suite à l’annulation systématique des grands rendez-vous politiques, commerciaux ou culturels et, pire que tout, la nouvelle crise de défiance anti-chinoise dont de nombreux pays du monde fredonnent la ritournelle avec une morbide complaisance.    Si Gilles Deleuze a raison, il faut « comprendre l’événement pur dans sa vérité éternelle, indépendamment de son effectuation spatio-temporelle ». Plus concrètement, Mikko Huotari pense que la Chine post-virus sera forcément différente : est-ce si sûr ? Imaginons quelques scénarios pour baliser un avenir bien incertain.   A commencer par le plus radical, donc le plus improbable, le scénario Gorbatchev: et si le virus avait une puissance destructrice comparable à celle de la perestroïka ? La brèche ouverte par l’épidémie sur les failles du modèle chinois va alimenter un nouvel esprit de révolte populaire qui finira par faire éclater les carcans du système.   Un cran en-dessous, le scénario Tchernobyl: l’onde de choc du virus, dépassant largement la comptabilité mondiale des morts, affectera durablement les vivants ; par sa mise à nu des défaillances et des occultations du modèle chinois, elle affaiblira durablement le pouvoir en place, favorisant ainsi l’avènement d’un autre clan sans pour autant bouleverser la nature du régime qui, comme l’a montré Alice Ekman dans son dernier livre Rouge vif, donne beaucoup plus de signes de vitalité que de sénilité.    Le scénario Caligula: développant la défiance des gouvernés et donc la paranoïa des gouvernants, le virus renforcera la pulsion tyrannique du pouvoir qui systématisera, avec la bénédiction de l’industrie de l’intelligence artificielle et du big data, le contrôle social de la population. Qu’ils me haïssent pourvu qu’ils me craignent, rapporte Suétone en précisant que l’empereur Caligula aimait à répéter ces mots empruntés à une tragédie racontant l’histoire d’Atrée. Le scénario Pyongyang: le monde rendu à son état sauvage par son incapacité à contrôler la pandémie, ayant abdiqué la raison et renié l’humanité, isolera la Chine, la transformant en puissance condamnée à jouer avec le feu nucléaire par instinct de survie.   Le scénario Glaciation: récoltant gloire et reconnaissance populaire dans sa guerre acharnée contre l’épidémie, le régime politisera le virus pour en faire l’incubateur d’une nouvelle ère d’immobilisme et de procrastination, prétexte idéal pour se reposer sur ses lauriers en figeant l’esprit de réforme et d’ouverture et décupler le contrôle étatique sur l’économie et la société.  Le scénario Résilience hors norme : à l’image de la peste noire qui malgré la destruction d’environ 30 à 50 % de la population européenne à partir de 1347 n’empêcha pas l’avènement de la première économie-monde autour des pôles urbains comme Gênes, Anvers, Venise ou Amsterdam, le virus créera une nouvelle économie numérique hyper-performante autour des villes-mondes comme Shenzhen, Shanghai, Ningbo, Chongqinq, Xi’an, Suzhou, Taizhou, Changsha, Qingdao, Harbin.   Pour ceux qui jugent imprudent ou impudent de se projeter pendant que des milliers de gens meurent, voici les dernières bonnes nouvelles du front : une mission conjointe OMS-Chine vient de les préciser officiellement. Contrairement à la dernière déclaration du Premier ministre japonais, Shinzo Abe, l‘ennemi est invisible mais il n’est pas inconnu. On a désormais identifié à 96 % le génome du Covid-19, on sait, même si tous les hôtes intermédiaires entre l’homme et l’animal n’ont pas été recensés hormis le pangolin, que son agent pathogène est la chauve-souris, que l’âge médian des malades est de 51 ans, que la mortalité varie en Chine entre 5,8 % à Wuhan et 0,7% dans le reste du pays, que la létalité du virus augmente avec l’âge, qu'il tue plus facilement ceux qui souffrent de maladies cardiovasculaires, du diabète, de l’hypertension ou de maladies chroniques respiratoires. On sait aussi que la Chine produit presque 120 millions de masques ordinaires et chirurgicaux par jour, une production multipliée par 12 en un mois.   Quant à ceux que les rapports algébriques rassurent, rappelons que dans l’aléatoire répartition des catastrophes naturelles les plus meurtrières du monde la Chine est largement servie : les inondations de 1931 firent environ 4 millions de victimes, en comptant les victimes des épidémies et des maladies consécutives aux crues exceptionnelles du Fleuve Jaune et du Fleuve Bleu, le tremblement de terre du Shaanxi de 1556 engloutit environ un million de personnes et celui de Tangshan, dans le Hebei en 1976, le troisième le plus meurtrier du monde, effaça du paysage en quelques secondes environ 250 000 personnes.  La mort fait son travail, la vie continue, le pouvoir reste au pouvoir.  Ce dernier scénario, bien plus commun, a toutes ses chances.



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