Un récit court et documenté pour éclairer une mutation technologique, scientifique, industrielle, commerciale, sociale ou artistique venant de Chine.

L’Eurasie, nouvel avenir du monde ?


« Avec son slogan le changement c’est maintenant, François Hollande ne croyait pas si bien dire, sauf que le changement ne se produit pas en France mais en Chine ». Le Raffarin nouveau est arrivé : il s’appelle Chine, le grand paradoxe co-écrit avec Claude Leblanc. L’ancien Premier ministre, représentant spécial du ministère des Affaires étrangères pour la Chine depuis 2018, arpente le pays depuis cinquante ans. Il a appris avec Deng Xiaoping à « tâter les pierres en traversant la rivière » et sait avec Confucius que « errer sans se corriger c’est vraiment errer ». Quoi de neuf dans ce nouveau cru chinois ? Du connu, du subtil, du savoureux et du solide.  Le ( trop ) connu ? Les 8 % de terres arables du monde pour 22 % de la population mondiale, notre déficit commercial de 29 milliards, le nombre de brevets déposés chaque année qui dépasse le score américain, les 35 000 km de lignes à grande vitesse sur un total de 140 000, les 70 milliards de dollars qui seront investis en 2020 dans l’intelligence artificielle contre seulement 12 milliards en 2017, les 2000 milliards de devises étrangères, le marché du luxe qui progresse cette année de presque 20% en Chine continentale…bref  tout ce qui fait de la Chine la plus puissante des puissances émergées.   Le subtil ? Un bon mot d’Edgar Faure « Les Chinois savent attendre, ils savent aussi ce qu’il attendent ». Quelques nuages de Confucius, apologue de l’effort « l’honnête homme remonte sa pente, l’homme vulgaire la descend » et prince du réalisme « dans ce monde sur dix choses, huit ou neuf n’iront pas comme je le souhaite ». Une pincée de François Jullien sur la pensée chinoise pour laquelle « tout réel est un procès régulé et continu, découlant de la seule interaction des facteurs en jeu ». Un peu de Xi Jinping dans le texte « la liberté est la finalité de l’ordre et l’ordre est la garantie de la liberté » ou encore « notre capacité à innover notamment dans la créativité originalle est insuffisante ».  Le savoureux ? Cet aveu de Wang Qishan, à l’époque secrétaire du Comité central pour l’inspection disciplinaire du parti communiste, aujourd’hui vice-président chinois : « Si j’étais français, je serais sarkosyste ». Et le solide alors ? Il est dans l’analyse des points de vulnérabilité du modèle chinois. Bien plus dangereux que le piège de Thucydide sont les pièges de l’inégalité, de l’hybris, de la glaciation idéologique et de la contradiction verte.  La Chine devient puissante certes mais une puissance de plus en plus inégalitaire : le PIB de sa province la plus riche est dix fois supérieur à celui de la plus pauvre, alors que ce rapport n’est que de 1 à 8 au Brésil ; 5000 yuans ( 636 euros ) pour le salaire moyen dans le Shanxi contre 12 000 à Pékin. Le pays a beau être la deuxième économie du monde il n’est que le 82 ème en richesse par habitant, derrière le Chili, la Bulgarie ou le Gabon. Définitivement débarrassée du profil bas cher à Deng Xiaoping la Chine se bat désormais farouchement pour le leadership mondial sur tous les fronts, s’exposant ainsi à la compétition des vanités nationales, menace pour l’équilibre du monde identifiée par Raymond Aron : «Emportées par l’orgueil les nations peuvent être ou apparaître aux autres impérialistes ». Pétrifié par la catastrophe de l’effondrement idéologique soviétique Pékin vend au monde entier un multilatéralisme dont le socialisme à la chinoise serait le bouclier. Premier investisseur mondial dans les énergies nouvelles ou recyclables le pays devrait augmenter de 30 % les capacités de production de ses centrales à charbon d’ici 2030, comme le rappellent régulièrement les chercheurs du Global Energy Monitor basé à San Francisco. Que faire face à une puissance aussi paradoxale ? Aimer les Chinois plus que le pouvoir qui les représente, nous muscler, nous Européens, pour ne pas être pandaïsés. Eviter la peur qui comme le dit le proverbe allemand rend le loup plus gros qu’il n’est. Eviter la suffisance aussi qui s’accroche comme à une relique à la supériorité du modèle occidental. La Chine est une chance pour l’Europe : à condition que l’Europe soit lucide, unie, ambitieuse, consciente de son avenir et confiante dans son destin. La réciproque est vraie : l’Europe est une chance pour la Chine. Elle peut l’aider à ne pas tomber dans le travers auquel la puissance peut mener. Mais l’histoire a-t-elle le sens de la réciprocité ? Le sage poitevin n’est pas Confucius mais il est aussi pragmatique que lui « nous ne pouvons pas exiger des Chinois qu’ils construisent une démocratie à la britannique ou à la française, d’autant qu’elles ne sont pas exemplaires, mais nous devons attendre un niveau minimum de compatibilité ». Tout le problème est de savoir à partir de quand le seuil minimum de compatibilité est piétiné. Si l’Eurasie doit exister un jour il faudra que la Chine y mette beaucoup du sien, la Russie aussi, et l’Europe sans doute encore plus. 







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